Vie Quotidienne à Souvignargues depuis la Révolution à nos jours

Deuxième Partie

 

Dans notre précédente rubrique, nous nous sommes intéressés aux Seigneuries de Souvignargues et Saint-Etiennes d'Escattes. Nous allons tenter de découvrir la vie quotidienne des habitants, leurs moeurs, leurs coutumes et leurs conditions de vie et de travail.

Les années 1789-1792 amenèrent de grands bouleversements dans tous le pays qui aboutirent à la Bastille  le 14 Juillet 1789 par une population excédée par les conditions de vie de plus en plus déplorables. Ces émeutes parisiennes déclenchèrent une onde de choc dans les campagnes. Les paysans s'armèrent à leur tour, incendièrent des châteaux, tuant souvent leurs propriétaires. Afin d'éviter que cette révolution paysanne appelée la "Grande Peur" ne se généralise dans tout le pays, l'abolition des privilèges fut votée par les nouveaux députés dans la nuit du 4 août. La déclaration des "Droits de l'Homme et du Citoyen" sera proclamée le 26 août. Le 14 Juillet devint alors en France, le symbole de la liberté.

Nous avons déjà vu en première partie que Saint-Etienne d’Escattes est traversée par plusieurs ruisseaux appelés aussi vallats qui fertilisent son terroir dont le plus important connu autrefois sous le nom de "la Bardouine", s’appelle aujourd’hui le vallat d’Ezort. Alimenté par le vallat du Labadel sur sa rive gauche et les vallats de la Bastide et de la Rompue sur sa rive droite, il se jette dans l’Aygalade (désigné sous le terme d’Aqua Lata dans le testament de Braidingus) peu après le carrefour des routes D22 et 107 qui vont, la première de Souvignargues à Montpezat et la seconde de Fontanès à Calvisson. Il draine les eaux pluviales des sommets environnants Puech des Cabanes, Puech Coucou et Puech Devès. Le Rhony draine les eaux des autres sommets. On trouve encore les vestiges de deux moulins « à bled » qui existaient et qui ont fonctionné jusqu’au milieu du XVIIIème siècle. D’ailleurs, sous l'Ancien Régime, les moulins étaient fort nombreux dans la région et même après la Révolution. Rien que sur le Vidourle on en dénombrait plus de soixante, sans compter ceux situés sur ses affluents. Déjà, le testament de Braidingus de 813, cite les moulins de Pondres, de Salinelles et d’Aspères. Il en existait plusieurs sortes :  moulins à blé, à eau, à vent, à foulons pour les drapiers, à tan pour les teinturiers, à huile ainsi que pour le gruau. Certains étaient même utilisés comme scieries (moulin des « resses ») soit pour le bois, soit pour les pierres (bars).

Après la Révolution, le nombre de moulins avait considérablement augmenté pour atteindre son maximum en 1838 puis, il déclina peu à peu par la suite. Il y avait approximativement 1 moulin pour 355 habitants dans le Gard et 1 moulin pour 485 habitants dans l’Hérault. La diversité de ces moulins constituait  ce que l’on appelait « la première révolution industrielle », mais il faut toutefois souligner que les moulins à eau t ne fonctionnaient  bien souvent  que deux ou trois mois dans l’année en fonction de la période des grosses pluies.

Démographie :

De la Gaule Romaine à la France d’aujourd’hui, la démographie du Languedoc a beaucoup varié, tantôt en diminution en raison des guerres et des épidémies, tantôt en augmentation. Sous l’Ancien Régime, la province du Languedoc était divisée en trois sénéchaussées : Beaucaire-Nîmes, Carcassonne et Toulouse ce qui correspondait à nos actuels départements de la Haute-Loire, de L’Ardèche, de la Lozère, du Gard, de l’Hérault, de l’Aude et de la Haute-Garonne dans leur totalité et d’une partie seulement du Gers et de l’Ariège. Cela représentait environ une superficie de 50.000 km², soit une densité de 30 habitants au Km². Il faut noter que le Roussillon et la ville de Montpellier ne faisaient pas encore partie du royaume de France.

Le dénombrement de 1384 nous signale que la densité au Km² était tombée à 3 habitants seulement. Les épidémies de peste, les guerres dont nous avons déjà parlé, jouèrent un grand rôle dans la diminution des populations. Il faut savoir également, que ces dénombrements étaient surtout effectués à des fins de taxation fiscale et que seuls les habitants possédant dix livres, non pas de revenu mais de capital, étaient dénombrés éliminant ainsi une partie très importante de la population. Il n’est d’ailleurs pas interdit de penser que certaines communes minoraient le nombre de ses habitants pour échapper aux taxes.

En 1794, Souvignargues comptait 400 habitants et Saint-Etienne d’Escattes 90. Après avoir absorbé Saint-Etienne d’Escattes, Souvignargues atteignit 699 habitants en 1860. Au dernier recensement de 1990, sa population était de 525 habitants pour atteindre en 2013 le nombre de 840 habitants[1] .

Le Moyen-Âge

la population était paysanne à 90 %, comme d’ailleurs partout en France et même en Europe, composée de petits exploitants qui étaient fermiers ou « rantiers »[2] pour la plupart des seigneurs ou communautés du lieu, mais qui possédaient également quelques biens à eux : cheptel ou matériel personnel. Le terroir de notre région était très morcelé en parcelles de petites dimensions et les deux tiers des familles ne possédaient qu’une parcelle ou deux de terre ou de vignes. Rares étaient les familles qui possédaient plusieurs parcelles, soit au maximum une dizaine d’hectares car il était difficile à un seul homme d’exploiter plus de deux hectares de vigne tant cette culture était exigeante en travail. Il existait également des propriétés « allodiale »[3]. Cette propriété complète et totale était exempte de toute redevance et de tout lien de subordination envers seigneur, communauté et roi lui-même, sauf l’hommage.

Dans les terres labourables, on cultivait du blé, du seigle, du sarrasin ou un mélange de ces céréales appelé méteil. Il servait de base à la fabrication d’un pain plus ou moins blanc et d’une farine qui représentaient à eux deux l’essentiel de la nourriture de l’époque. Contrairement au nord de la France où les terres labourables étaient cultivées sur le mode triennal, notre région pratiquait le mode biennal en laissant les terres en jachères une année sur deux. Ce procédé permettait l’élevage de bétail qui a été, après la culture des céréales, l’activité la plus importante pratiquée dans notre région  pendant très longtemps. Quant à l’olivier, il était déjà exploité depuis l’époque romaine dans certaines localités car il apportait à la population une bonne partie des matières grasses dont elle avait besoin dans l’alimentation quotidienne et servait également pour faire brûler les lumignons des églises et chapelles. Toutefois, Souvignargues ne semble pas avoir eu une grande superficie de son terroir consacrée aux oliviers qui étaient plantés de préférence sur les coteaux et les plateaux.

C’était surtout la démographie qui commandait les cultures. Quand les populations augmentaient les paysans cultivaient surtout des céréales qui constituaient la base de la nourriture. Dès 1730, la progression légère de la population reprenait et poursuivait une courbe ascendante que même les deux guerres mondiales du XXème siècle ne ralentirent que modérément. Aussi, les terres pauvres ou abandonnées étaient remises en culture et l’on arrachait même des oliviers ou des arbres en forêt pour récupérer des terres à labourer. On appelait ces terres les « Rompudes » ou « Rompues », terme qui existe encore de nos jours. Les « Hostes » étaient des travailleurs itinérants qui effectuaient les travaux d’essartage  à forfait et dans un délai déterminé. La culture de la vigne exigeait beaucoup de main d’œuvre depuis sa plantation jusqu’à la récolte. Le vigneron préparait lui-même les plants avec des boutures formées d’un sarment de l’année ou avec un morceau de vieux bois de l’année précédente. Tous les autres travaux se faisaient « à bras ». On taillait à l’aide d’une petite serpette (le sécateur ne fit son apparition qu’à la fin du XIXème siècle).  La fumure était mise seulement au moment de la plantation (fumier de cheval ou de chèvre), et il fallait procéder à trois labours : au mois de mars c’était un labour profond fait avec une pioche ou houe à deux dents dans les terrains pierreux, un second labour plus superficiel au moment de la floraison et enfin un troisième labour à la mi-juillet afin d’enlever les mauvaises herbes. Toutefois, la culture de la vigne stagna pendant longtemps en Languedoc car les vignerons se heurtaient au transport des vins en raison du mauvais état des routes qui entrainait souvent l’éclatement des tonneaux et la médiocre qualité des vins due aux ramassages précoces des raisins. Les vins devaient donc être consommés rapidement sur place ou dans un périmètre très restreint. Ce n’est qu’après la création du port de Sète en 1666 suivie de l’ouverture du « canal des deux mers » (Canal de Riquet) en 1682 et l’arrivée du chemin de fer facilitant ainsi le transport des vins et alcools que la vigne pourra se développer et connaîtra même des périodes de surproduction.


[1] Cf tableau d’évolution de la population de Souvignargues sur le site : https://fr.wikipedia.org/wiki/Souvignargues

[2] Rante = bien affermé

[3] Les alleux sont définis comme un domaine en pleine propriété, libre de toute redevance, le plus souvent hérité. Il existe des alleux ecclésiastiques (l’Église fait sortir de la hiérarchie féodale des terres) et des alleux laïcs.

L’élevage du mouton et de quelques chèvres fournissait aux habitants de la laine, du cuir pour leurs vêtements, mais était aussi indispensable pour leur nourriture par l’apport de viandes, de fromages et de lait. Le fumier de bergerie constituait le seul engrais utilisé pour enrichir la terre.

Si en 1831 quatorze troupeaux de 25 à 150 bêtes, soit environ 1100 têtes de bétail étaient dénombrés, seuls treize troupeaux de 5 à 80 têtes représentant environ 500 têtes de bétail furent dénombrés en 1850.

Entre 1840 et 1960, divers arrêtés municipaux furent pris concernant cet élevage : Augmentation de la taxe sur les bêtes de laine, inventaire des pâturages en 1849, arrêté pour rentrer les troupeaux en 1927, décisions concernant les maladies du claveau en 1853, 1841, 1844 et 1845, fièvre de malte en 1951.

L'élevage du porc jouait également une grand rôle dans l'apport de viande et de matières grasses dans l'alimentation, jusqu'au XXème siècle.

Maladie du claveau 2

Recencemet des troupeaux en 1836 à Souvignargues

Etat des betes de souvignargues en 1836 2

Contrairement à d’autres régions de France, le morcellement de la propriété viticole dans notre espace rural a eu pour avantage de préserver une multitude de petites exploitations où les habitants travaillant dans les mêmes conditions sociales et économiques vécurent mieux ensemble. Grâce au droit d’aînesse en vigueur qui attribuait le patrimoine du père au fils aîné, celui-ci restait obligatoirement sur place, s’y mariait et s’occupait des terres héritées. Ce morcellement n’a pas été sans amener d’autres conséquences telles que : problème de consanguinité avec les inconvénients du point de vue hérédité tant redoutée par l’Eglise, diversité infinie des poids et mesures variables d’une région à l’autre et même bien souvent dans des localités voisines, complexité des échanges aggravée par la valeur des monnaies. Notre siècle n’a d’ailleurs pas échappé à ces bouleversements monétaires et c’est un véritable casse-tête lorsque l’on veut calculer l’estimation d’un produit cédé au Moyen-Âge.

Les guerres de religions modifièrent la composition de la population, notamment dans le Gard et les Cévennes. Le Vidourle semble avoir été une ligne de démarcation entre catholiques et protestants. Certes, on trouve des partisans de la religion réformée dans l’Hérault, mais moins nettement que dans le Gard, surtout dans la partie située à l’ouest du petit fleuve. La plaine de la Vaunage adhéra dans une grande majorité au Protestantisme. Pourquoi ? Est-ce dû au fait que les Wisigoths ont occupé longtemps la Vaunage ? L’Inquisition qui suivit le Catharisme a-t’elle joué un rôle en créant un anticléricalisme dans de nombreuses familles ? ou bien, est-ce dû tout simplement au caractère « rebousié[1] » des gens de notre région ?

Nous avons vu ci-dessus que la composition de la population était à 90% agricole jusqu’au commencement de notre siècle. C’était le cas pour Souvignargues et Saint-Etienne d’Escattes. Il y avait bien sûr quelques artisans : massons (maçons), maréchal à forge (maréchal ferrant), cordonniers, mesnuisiers puis des fesseurs de bas (faiseurs de bas), tailleurs d’habits et cardeurs. Aucun notaire, ni greffier ni arpenteur (géomètre) n'étaient recensés, quoique, comme nous le verrons ci-après, il semblerait qu’en 1677 un notaire résidait bien à Souvignargues.

Outre les seigneurs de Souvignargues et Saint-Etienne d’Escattes, des seigneurs du voisinage possédaient également un certain nombre de terres sur ces deux villages. Nous citerons les familles de Fabrique de Calvisson et Nîmes à qui un habitant[2] de Saint-Etienne d’Escattes a acheté en 1677 une maison d’habitation qui existe encore de nos jours (après maintes restaurations et transformations bien entendu), de Crouzet de Pondres, des Louet et des Murat d’Aujargues.

Les premiers consuls à Nîmes firent leur apparition vers 1144, Sommières et Calvisson nommèrent les leurs un siècle plus tard et la plupart des villages de la Vaunage dans les décennies qui suivirent. Souvignargues eut droit à deux consuls modernes élus par la population pour une année. L’un état appelé « Premier Consul et remplissait les fonctions de maire, l’autre correspondait au premier adjoint actuel.

Une carrière de pierres coquillières fut longtemps exploitée jusqu’à la fin du XVIIIème siècle à Saint-Etienne d’Escattes et même après pendant le XIXème. Située au Nord du village, son emplacement est encore visible, bien que sa situation exacte n’ait jamais été clairement précisée sur les compoix. La grotte de Bézal, découverte en 1827 par Emilien Dumas est située en face de la cave coopérative vinicole.  Elle est creusée dans la mollasse coquillière[3] du Burdigalien supérieur. C’est en fait un petit couloir d’une cinquantaine de mètres qui s’ouvre par deux orifices : un petit aven partiellement comblé et l’entrée actuelle au fond d’une ancienne carrière avec des boyaux secondaires. En 1829, Jules Christol y effectua des fouilles, Marcel de Serres et Paul Gervais en étudièrent la faune.  Depuis 1927, après que Camille Hugues ait signalé l’industrie moustérienne[4] dans cette grotte, aucune autre exploration ne semble avoir été pratiquée.

La Révolution

La situation de la France, tant sur le plan social qu’économique et surtout financier se dégrada nettement à partir de 1782 et le rude hiver de 1788 à 1789[5] ne fit que précipiter les évènements. Louis XVI demanda aux paroisses la rédaction d’un cahier de « Doléances » avant de réunir les Etats Généraux du royaume en 1789. Nous pouvons supposer que Souvignargues et Saint-Etienne d’Escattes, notèrent dans leurs revendications, comme de nombreuses autres paroisses, le mode d’élection des représentants aux Etats et réclamèrent le vote par tête et non par ordre. Dès la fin de l’année 1788, le Roi accorda le « doublement du Tiers Etat ». Parmi les revendications figuraient les questions des taxes et impôts dont la noblesse et le clergé étaient exemptés en grande partie - les impôts indirects (comme la gabelle) - la suppression des différents droits seigneuriaux et la dîme du clergé principalement - la liberté de conscience et de culte était requise ainsi que, si l’on en croit les quelques cahiers de doléances trouvés dans la région, la suppression des droits de sortie sur les vins.

Très vite, après la réunion des Etats du 5 mai 1789, les évènements prirent une tournure révolutionnaire dont la prise de la Bastille du 14 juillet changea le cours de l’Histoire. Après la nuit du 4 Août, la Noblesse et le Clergé abolirent tous leurs privilèges et le 26 Août la Déclaration des Droits de l’homme et du citoyen était proclamée. Dès le lendemain de nombreux Nobles choisirent l’exil et quittèrent la France plutôt que d’affronter le sort qu’ils prévoyaient être le leur dans les semaines à venir. Ce ne fut pas le cas du citoyen Montglas, ex marquis et seigneur de Souvignargues qui paraît cependant être resté à Souvignargues, mais après 1794 il semble ne plus être apparu dans son ancienne seigneurie. D’ailleurs, en 1779, il avait donné ses biens fonciers de Souvignargues et Saint-Etienne d’Escattes en fermage à un certain Ducros, époux Gaussen. Il est probable qu’il se soit caché à Montpellier car dans l’acte notarié lors de la vente de ses biens en 1798 il est mentionnait comme habitant toujours dans cette ville. Il est décédé à Montpellier le 15 octobre 1806. Son fils, Marie Joseph Montglas, membre du Conseil Général du Gard, son héritier, du moins en ce qui concerne Souvignargues, est mort 2 jours après. Sa fille, Marie Eliane de Montglas, décédée le 16 Janvier 1871 à Paris, avait épousé le 22 décembre 1814 Joseph-Isidore de Villardi, comte de Montlaur qui deviendra d’ailleurs maire de Villevieille par la suite. De cette union était né Raimond-Archambaud de Villardi, comte de Quinson et de Montlaur qui épousa Marie Louise Gislhaine Lucie du Demaine le 12 octobre 1857. Le couple semble n’avoir eu qu’une fille, Marie Gislhaine Genevière de Villardi, épouse divorcée quelques années après de Richard Jean Raimond de l’Isle de Falcon. Lors de la séparation du ménage et du partage des biens, Marie Gislhaine Geneviève de Villardi de Montlaur conserva le château de Souvignargues et quelques terres sur la commune. En 1912, elle vendit à Mr Vernazobres Albin, habitant Souvignargues, des terres sises au lieu-dit « Camp des Près » selon un acte notarié de Me Chrestien notaire à Sommières du 12 décembre 1912. Plus tard, elle vendit le château avec hangar, cour, écurie, bassin, situés dans le village de Souvignargues, une grande terre labourable et un petit bois ainsi que quatre terres en nature de pâture à un habitant et propriétaire de Souvignargues. L’ensemble fut quelques années après acheté aux enchères par un autre propriétaire du village. Le petit fils de ce dernier en hérita au cours d'un partage familial et en est toujours le propriétaire (acte notarié de Me Verdier, notaire à Nîmes du 6 Janvier 1921). A dater de la fin du XVIIIème siècle, la famille Rouzier-Montglas ne joua plus aucun rôle politique dans la commune de Souvignargues.

Le Gard, ne fut pas épargné par la période révolutionnaire comme l’atteste la « Bagarre de Nîmes » survenue en juin 1790 qui s’apparentait plutôt à une autre « Michelade de 1557 » et  nous pouvons considérer que cela ressemblait plus à une guerre de religion qu’à une guerre politique, les protestants s’étant en général ralliés de bonne heure à la révolution. Les catholiques restés fidèles au Roi, eurent des attitudes provocatrices envers les protestants ce qui se solda par des centaines de morts. Il semblerait que Souvignargues et Saint-Etienne d’Escattes ne se soient pas souciées de ces passions politiques du moment car il n’y eut aucun règlement de compte entre catholiques et protestants contrairement aux localités voisines. La division administrative de la France fut l’une des premières mesures prises par l’Assemblée Constituante, et le pays se trouva compartimenté en départements (83 à l’origine), districts et cantons. Le département du Gard ressemblait approximativement à l’ancienne sénéchaussée de Beaucaire et de Nîmes. Il comprenait huit districts, supprimés d’ailleurs en 1795 et remplacés par l’arrondissement ; le district de Sommières comprenait cinq cantons : Sommières, Quissac, Aigues-Vives, Saint Mamert et Calvisson. Avant leur fusion, Souvignargues était rattachée au canton de Sommières, tandis que Saint-Etienne d’Escattes faisait partie du Canton de Calvisson avec Saint Sens, Maruéjols, Saint Côme, Clarensac, St Dionisy, Nages et Solorgues, Boissière et Congénies, mais lorsque les districts furent supprimés en l’an III (1794) de la Constitution, Saint-Etienne d’Escattes fut rattachée à Souvignargues dans le canton de Sommières. Dans un premier temps, des Juges de Paix dont les fonctions ne se limitaient pas uniquement au domaine judiciaire, furent mis en place. A Souvignargues Jacques-joseph Coulomb, François Marazel, Jean Ducros et Pierre Jourdan furent nommés. Les premiers comptes rendus des délibérations communales firent leur apparition en Septembre-octobre 1793 (An II) mais dans certaines communes seulement.

 


[1] Etre reboussié : avoir un sens critique très développé et même une tendance systématique et naturelle à la contradiction. Reboussier selon Jean Paulhan, écrivian nîmois, cela veut dire : « toujours prêt à prendre le parti du contraire, le parti du refus, parce que le Nîmois est viscéralement attaché à son libre choix et à son libre arbitre ».

[2] Dans la famille Espanet figure l’acte d’arrentement de cette maison (16 mai 1677). L’évaluation a été faite par Isaac Gilly habitant à Calvisson et Jacques Hur, notaire, cité comme habitant de Souvignargues), nommé par le sieur Pierre de Fabrique et Jacques Espanet pour vérification de « l’estat de la maison », faite par Jean Lapierre, mestre masson de Souvignargues.

[3] Mollasse coquillière : pierre de taille facile à tailler à cause de leur peu de dureté mais qui acquiert par son exposition à l’air une très grande tenacité. On en trouve dans les environs de Nîmes, Sommières et Uzès et de nombreux édifices romains et cette pierre à contribué à la construction de nombreux édifices dans notre région.

Les biens ecclésiastiques furent vendus et la Constitution Civile du clergé mise en place obligea les évêques, prêtres, élus par les fidèles, de prêter serment à la Constitution. Une grande partie du clergé refusa dans la plupart des départements, certains prêtèrent serment « sous conditions », d’autres prêtèrent serment puis se rétractèrent, enfin beaucoup abandonnèrent leur paroisse. Les prêtres réfractaires se virent imposer un délai de 8 jours pour quitter la France par décret du 26 août 1792. Trois cents quatre prêtres choisirent l’exil, d’autres furent condamnés à la déportation et ceux qui réussirent à s’enfuir et quitter la France furent déclarés émigrés et spoliés de leurs biens.

A Souvignargues, le curé Richard qui avait prêté serment sous conditions qui ne furent pas acceptées, s’exila le 24 janvier 1794 pour l’Italie en embarquant sur la Tartane Saint André au port d’Aigues-Mortes. Déclaré émigré tous ses biens furent confisqués tandis que les biens de sa sœur qui demeurait à Saint Côme, furent pillés le même jour. Il revint en France dès la fin de la Révolution et acheta la chapelle de Prime Combe acquise par un certain Paul Cambon, instituteur à Sommières. Il devint ensuite curé de Clarensac et desservit en même temps la paroisse de Montpezat. Selon ses dernières volontés, il fut inhumé dans l’église primitive Saint André de Souvignargues. L’abbé Déjean, prieur de Saint-Etienne d’Escattes, quitta lui aussi sa paroisse quelques jours seulement après le départ du curé Richard.

Extrait du decret du 26 aout 1792

La première décision de Jacques-Joseph Coulomb, nommé Maire le 21 pluviôse de l’an II (10 février 1794), fut de débaptiser Saint-Etienne d’Escattes, le mot saint étant désormais banni. Après le départ des deux hommes d’Eglise, le 28 pluviôse An II (16 février 1794), le Conseil Municipal décida de transformer l’église en Temple de la Raison.

La Terreur, installée après l’exécution de Louis XVI et partie d’un mouvement fédéraliste des Girondins, s’installa peu à peu dans la région et se manifesta dans le Gard par la constitution dans les villages d’importants comités populaires de surveillance. La guillotine fut installée sur l’Esplanade à Nîmes. Il semble qu’à Souvignargues il n’y ait pas eu d’excès connu car le comité révolutionnaire n’exerça aucun zèle particulier et il n’y eut pas de dénonciations abusives. Seul Barthélémy âgé de 49 ans, ancien instituteur, ex-curé de Souvignargues fut cité devant le Tribunal Correctionnel de Nîmes mais fut ensuite acquitté le 12 messidor an II (30 juin 1794). Rien ne laisse supposer qu’il ait été dénoncé par un Souvignarguais.

Bastide Antoine fut le premier garde champêtre nommé en 1793 à Souvignargues et percevait un salaire de 1 200 livres payées en quatre parts égales. Et cette même année, le 6 octobre fut instauré, le « calendrier républicain »[1]  conçu par un mathématicien dénommé Charles-Gilbert Romme en commission avec Claude Joseph Ferry, et non pas par Fabre D’Eglantine, ce dernier ayant été simplement chargé de remplacer les noms des saints par des noms de plantes, animaux, outils, etc. Ce calendrier eut une brève existence car le 1er Janvier 1806 Napoléon 1er remis en vigueur le calendrier grégorien.

Dès avril 1792, la République déclara la guerre aux « Tyrans ». Les guerres de la Révolution entraînèrent le recrutement de soldats de plus en plus nombreux, mais les engagements volontaires ne suffisaient pas à tenir têtes aux troupes coalisées de l’Europe et de l’Angleterre. La Convention imposa la levée de 30.000 hommes de cavalerie et chaque commune dut fournir son contingent. Souvignargues ne fournit qu’un seul cavalier.

Le 29 pluviôse de l’an II, Souvignargues, à l’initiative de Coulomb, décida de créer un atelier de fabrication de salpêtre afin d’aider à la fabrication de la poudre et des balles. Cet atelier a-t’il fonctionné et combien de temps ? Ce sujet n’a plus été évoqué dans les délibérations suivantes. La guerre s’éternisant, il y eut un grand nombre de déserteurs et les communes durent se montrer très vigilantes. C'est surtout le ravitaillement en vivres qui posait de gros problèmes suite à divers facteurs : intempéries d’avant la Révolution, pluies diluviennes en 1787, grande sécheresse en 1788, hiver rigoureux en 1788-1789. Partout en France la disette menaçait et particulièrement dans le Gard. Par ailleurs, la Constitution civile du clergé entraîna d’une part l’insurrection Vendéenne qui fit plus de cinq cent mille victimes et d’autre part, souleva le problème de remplacement des prêtres qui jusqu’ici assuraient l’enseignement primaire aux enfants. La commune de Souvignargues eut à résoudre non seulement le recrutement d' un instituteur et une institutrice mais dut également  trouver un local pour leur permettre d’enseigner et de quoi les loger. Le 12 germinal an II (1er avril 1794) la décision de casser la vente de la maison qui appartenait aux pauvres dans laquelle logeait le prêtre Richard fut prise. En effet, cette maison avait été cédée par le Seigneur de Souvignargues à la sœur dudit prêtre à un prix estimé bien au-dessous de sa valeur selon un acte notarié du 27 mai 1789 passé chez Me Poujol, notaire,. Il restait à régler la question du desservant de l’église de Souvignargues.  Dans son conseil municipal du 21 pluviôse an III (9 février 1795) la commune opta pour la suppression de culte public salarié et décida que tous les signes et marques de superstition et de fanatisme se trouvant sur le territoire devaient disparaître, que toute l’argenterie, les ornements et ustensiles de l’église devaient être portés à l’administration du district.

Eglise de Saint-Etienne d'Escattes

Le culte catholique fut supprimé également à Saint-Etienne d’Escattes et la mise en vente de l’église et du presbytère d’Escattes fut décidée afin de financer l’achat d’une maison destinée à servir au logement de l’instituteur et de l’institutrice. En fait il semblerait que cette vente n’ait jamais eu lieu mais le service du culte ne fut plus assuré dans cette paroisse pendant plus de quinze ans. 

Le 2 novembre 1808, le rétablissement du culte catholique à Saint-Etienne d’Escattes fit l’objet d’une délibération, Souvignargues ayant été érigée en succursale par décret du 6 juin 1805. Il y avait alors 573 habitants dont 412 catholiques et 161 protestants. La réalisation nécessita  la restauration de cette chapelle romane à plan simple, datant du XIème siècle. Ruinée en partie par les protestants vers le milieu du XVIème siècle, elle fut restaurée en 1660, puis fut incendiée le 22 juillet 1703 par les Camisards. Elle  bénéfica ensuite de plusieurs restaurations. Elle subsiste encore de nos jours et malgré son état précaire, le culte y est toujours célébré. Elle est inscrite à l’inventaire complémentaire des Monuments Historiques.

Au-dessus de la baie axiale de son abside figure l’inscription « Revertet mihi dixit dominus » (Retour, le Seigneur m’a dit). Son clocher date du XVIème siècle. Le mécanisme très ancien et rare de l’horloge est conservé dans l’Eglise.

Cette église fit l’objet de nombreuses délibérations concernant le traitement du chapelain. En 1804, une délibération concernant une augmentation du traitement donné au curé indique : « Le conseil ne trouve aucun autre moyen que celui de l’imposition au centime le franc de tous les propriétaires au prorata de l’une ou l’autre contribution, moyen qui parait au conseil le plus efficace à prendre pour subvenir à ces dépenses, attendu que la commune est démunie de toutes ressources". Le 1er Janvier 1810 l’autorisation fut donnée aux habitants de Saint-Etienne d’Escattes de se servir de l’église et du cimetière ainsi que des ornements et vases sacrés à charge pour eux de les entretenir et une somme de 300 francs fut allouée au desservant que Mgr l’Evêque d’Avignon nomma.

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L'Eglise de Saint Etienne d'Escattes, le Chevet et son inscription

Eglise Saint André de Souvignargues

L’église Saint André de Souvignargues fut rattachée en 1151 à l’Abbaye bénédictine de Psalmody près d’Aigues-Mortes. Il semble qu’à l’époque, un petit couvent et un cimetière entouraient cet édifice placé à la croisée des chemins entre Nîmes et Alès qui dut être abandonnée au XVIème siècle durant les guerres de religion au profit d’une nouvelle chapelle construite au cœur du village de Souvignargues. En 1664, le procès-verbal de la visite pastorale de l’Evêque de Nîmes mentionne : « l’ancienne église Saint André, d’une fort belle facture, menace ruine n’étant pas couverte, on n’y fait aucun service. » 

Cet édifice a été construit sur une butte, au croisement de deux itinéraires de l’époque : la draille de Psalmodi à Aujargues et Junas et le « carreau de l’ase » (chemin de l’âne) venant de Nîmes par Clarensac, la Porte de la Vaunage et Saint-Etienne d’Escattes. Elle fut pillée puis abandonnée pendant une dizaine d’années par les moines, et fut à nouveau utilisée, mais en 1674 elle était en très mauvais état. Puis, en juin 1703, elle fut, elle aussi, incendiée par les Camisards, mais pourtant, elle ne figura pas sur la liste des églises ayant besoin de réparations établie après la visite de Monseigneur Bec de Lièvre. Son état ne fit qu’empirer, les voûtes et le chœur s'effondrèrent dans le dernier quart du XIIIème siècle et le culte fut célébré dans la nouvelle église Saint Pierre, construite dans le centre du village en 1845. Il ne subsiste aujourd’hui qu’une ruine dont de nombreuses pierres ont été pillées malgré son inscription à l’inventaire supplémentaire des Monuments Historiques en 1949. Depuis quelques années, une grille fermée à clé a été posée à son entrée pour en défendre l’accès.

Eglise saint andre a souvignargues ruine

Extrait de la Revue Archéologique Historique et Philologique de la France Méridionale année 1962, volume 74, numéro 58 : Quelques Eglises Romanes du Gard, par J.F. Buhdezer, 1962 in les Annales du Midi

Le 10 Mars 1810, c’est l’église succursale de Souvignargues qui fut en cause à la suite d’une demande formulée par les marguilliers de l’église succursale de la commune d’une somme de 100 francs pour son entretien et sa réparation, mais, l’église ayant déjà été réparée de neuf en tout son entier, cette demande fut rejetée, le conseil décidant de ne pas statuer. Pourtant en 1839, un document indiquait que l’église menaçait ruine et la décision fut prise de ne pas la réparer car le montant des réparations était estimé trop élevé. Elle sera en effet reconstruite en 1845. La délibération du 1er Août 1841 mentionne : « Considérant que l’Eglise de Souvignargues était dans un complet état de ruine, que les réparations projetées étaient devenues impraticables par le progrès incessant des ruines qui se manifestaient dans tout l’édifice, approuve le plan du devis des dépenses se montant à la somme de 9.625 francs 75 centimes pour la reconstruction de l’église »

En fait, l’église coûta au total 11.077, 40 francs plus 467,25 francs pour les honoraires de l’architecte. Au final, il restait à imposer la population pour un montant de 350 Francs. Mais la cloche de l’église avait été oubliée par l’architecte ce qui entraîna plus tard une dépense supplémentaire. Ce n’est d’ailleurs qu’en 1906 que cette cloche fut mise en place par M. Baudouin de Marseille, fondeur pour un coût total de 1 000 Frs.  Entre 1838 et 1906 plusieurs délibérations du conseil municipal mentionnaient des travaux concernant les tribunes (mai 1864), réparation de la treille du jardin du presbytère (février 1866), autorisation de pratiquer deux ouvertures dans le jardin du presbytère (mars 1866), construction d’une sacristie (mai 1867), restauration de la sacristie (novembre 1889), réparation de l’horloge en même temps que la pose de la cloche ci-dessus (24 mai 1905).

Eglise souvignargues aujourd hui

L'Eglise de Souvignargues telle que l'on peut la voir de nos jours dans le centre du village (Carte postale ancienne et photo de J.M. Vidal)

L'Ancien Presbytère

L’ancien presbytère est remplacé aujourd’hui par la bibliothèque dont la cour a conservé quelques éléments décoratifs, notamment une ancienne fontaine en forme de bassin semi-circulaire en pierres de taille, adosseé au mur dudit presbytère et comportant un vague élément décoratif rappelant la localisation de l’ancienne arrivée d’eau. La fontaine ne fonctionne plus et le bassin est encombré de pierres. Un nettoyage de la pierre et la reconstitution de l’arrivée d’eau seraient nécessaires, mais est-ce que la remise en eau serait possible ?  Par ailleurs, une balustrade, purement décorative nécessitant un nettoyage des pierres et leur consolidation est toujours visible sur ce site intéressant mais petit, enserré entre des murs, et les façades devraient faire l’objet d’une proposition pour leur réfection.

Bassin et balustre du presbytere

La fontaine semi-circulaire et la balustre - photos de J.M. Vidal

De plus, un puits est accolé au bâtiment de cet ancien presbytère. Sa margelle est constituée de trois murs rectilignes en pierres, le quatrième côté étant constitué par le mur du bâtiment.

Le puits 2

Le puits accolé au bâtiment de l'ancien Presbytère  - Photo de J.M. Vidal

Un projet de construction de logements sociaux et de création d'une bibliothèque  se concrétisat en 2013-2014 grâce au  rachat par la municipalité de la maison de Mr Roumieux qui fut lui-même maire de 1943 à 1971 à Souvignargues.

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La maison Roumieux - Photo de Jean Marc Vidal

Les problèmes posés aux différents maires :

Souvignargues dut faire face à biens d’autres problèmes.  Entre 1856 et 1912, les fours communaux nécessitaient des réparations urgentes dans les deux villages mais le plus important était d’assurer la levée des impôts. Les mauvaises conditions de transport en raison de l’état des chemins, rendaient le ravitaillement de la population très difficile et les échanges avec les régions voisines pratiquement inexistants. Toutes les terres disponibles devaient donc être utilisées, mais la Loi du Maximum votée le 4 mai 1793 par la convention instituant le maximum décroissant du prix des grains et spécifiant que chaque cultivateur devait déclarer la quantité de grains qu’il possédait d’une part et, d’autre part que les ventes ne pouvaient avoir lieu qu’au marché et enfin, que les officiers municipaux pouvaient faire des réquisitions, n’incitait guère les agriculteurs à ensemencer leurs terres qu’ils préféraient laisser incultes plutôt que de travailler pour ne rien gagner.

Le 17 Avril 1795 (28 germinal An III) Simon Pommier fut élu maire, Jean Daumas comme agent national avec les conseillers Dort, Coulomb Père, Chaze et Pattus.  Cette nouvelle municipalité dut gérer la question des biens communaux qui agita la population des campagnes pendant une longue période durant les XVIIIème siècle. C’est ainsi que la municipalité de Souvignargues fut opposée au fils du marquis de Montglas dont nous avons parlé ci-dessus. Une commission présidée par Etienne Daumas et Jean Bournier père, secrétaire, dut régler ce différend concernant la mise en culture de parcelles hermes et pour la question des « devois » qui étaient les bois et pâtures du seigneur mis en réserve. Finalement Marie-Joseph Montglas, héritier du château de Souvignargues, après plusieurs années de discussions puisque l’affaire prit fin le 23 vendémiaire an XIII (15 octobre 1804), renonça à tout droit d’usage et de dépaissance ou parcours dans toutes les propriétés des habitants de Souvignargues-Escattes et mit toutes ses terres sous la défense et sauvegarde des lois.

Malgré le coup d’état du 18 brumaire An VIII (9 Novembre 1799) et l’arrivée de Bonaparte, les problèmes locaux persistèrent. Faute de pouvoir vendre certains bien communaux, la municipalité dut trouver d’autres ressources. Le four communal fut affermé à Jacques Archinat de Saint Etienne d’Escattes lors d’une délibération, la carrière de pierres coquillières fit l’objet d’une demande de mise en afferme adressée au Préfet du Gard pour être autorisée.

La situation en France s’étant légèrement améliorée et devant la popularité du Premier Consul, la commune de Souvignargues vota même une dépense pour l’anniversaire du couronnement de sa Majesté Impériale et Royale. La somme de cent francs serait prélevée sur les fonds libres (délibération du 30 novembre 1805).

En 1808, Dort fut nommé maire à son tour avec les conseillers municipaux Coulomb, Dorte, Ducros, Masson, Daumas, Gaussen, Brun, Jacques Espanet, Persin..

En 1813, la cavalerie manquait de chevaux et le conseil municipal décida, le 11 mars, de verser la somme de 73 Frs demandée à la commune pour le contingent assigné au canton pour la fourniture de chevaux et mulets. Bonaparte malgré ses nombreuses victoires, fut  finalement battu par les troupes coalisées et abdiqua le 6 avril 1814 à Fontainebleau. L’arrivée sur le trône de Louis XVIII le 21 avril, paraît ne pas avoir provoquer de réaction particulière aussi bien à Souvignargues que dans les villages environnants, mais le 1er Mars 1815 Napoléon s’échappa de l’île d’Elbe, débarqua à Fréjus et rejoignit Paris à marches forcées sous les acclamations de toute la population. Le 18 juin eut lieu la défaite de Waterloo. Le maire et son conseil municipal jurèrent le 15 juin « Obéissance aux constitutions de l’Empire et fidélité à l’Empereur ». Ils restèrent en place pendant un an environ.

Le 18 septembre 1816, Persin remplaça Dort à la tête du conseil municipal composé de Coulomb père, Louis Espanet, Cantié, Chaze, Barban, Gaussen et Daumas. La Restauration ne provoqua pas d’incident ou de réaction à Souvignargues, mais les problèmes locaux existaient toujours : réparations de l’église, indemnité de logement au desservant, le salaire du garde champêtre très mal payé, réduction de la ferme du four municipal, imposition des bêtes à laine. Le budget de la commune restait difficile à équilibrer.

Nulle mention ne figure dans les délibérations de la Révolution de 1830 qui ne semble avoir soulevé aucune passion ou enthousiasme particulier à Souvignargues. En septembre de cette année-là, Persin démissionna de son poste de maire et fut remplacé par Louis Espanet qui reçut le serment au nouveau Roi fait par Pierre Antoine et André Gaussen ; à son tour, le 14 octobre 1830 Gaussen fut nommé maire. Côté météo, le 21 juin voyait  tomber la pluie pendant plus de 30 heures consécutives tandis qu’il neigeait en Lozère.

Nouveau changement de maire le 24 Mars 1832. Antoine Boissier succèda à Gaussen. Aucun commentaire ne figure dans la délibération et il est donc impossible d’en connaître la raison. Boissier demanda une rectification des limites entre Aujargues et Souvignargues.

Le Temple

L’année 1833 vit la fin de la construction du temple de Souvignargues commencée en 1829 sur un terrain donné par la famille Desport.  La population du village comptait 610 habitants dont 423 catholiques et 187 protestants[1]. En janvier 1854, les protestants de la commune, suite à une pétition et au décès du  propriétaire du terrain sur lequel le temple été bâti, souhaitaient faire don de cet édifice  à la commune compte tenu qu’ils s’en occupaient depuis sa construction, soit depuis 24/25 ans. Cette donation sera acceptée par le Conseil Presbytéral des paroisses d’Aujargues, Junas, Souvignargues le 8 décembre 1861 puis reçut l'aval du préfet le 23 avril 1862, mais déjà une délibération de Mai 1861 prévoyait des travaux importants de réparation au Temple. En 1865, des travaux avec construction d’une sacristie suite à des plans dressés en Mai 1863, furent décidés pour une somme de 1 000 Frs. En Août 1866, une délibération fut prise pour construire un campanile sur la façade du temple avec pose d’une cloche pour un montant de 297,65 frs qui fut effectivement mise en place en 1887. En novembre 1866 de la même année, la demande de création d’une école communale protestante fut rejetée car il existait déjà deux écoles communales. En Décembre 1895, une délibération faisait état d’une réparation de la voûte du temple qui menaçait ruine et dont le coût s’élèvait à 184 Frs. En mars 1896, un devis concernant des réparations sur le temple fut approuvé, alors qu’en Novembre de la même année, suite à un vice de forme concernant la réparation de la toiture et du plafond, le Maître d’œuvre Jean Bournier fut désigné pour remédier à ce problème.

Le temple hier et aujourd hui

Le Temple de Souvignargues - Carte postale ancienne et photo actuelle de J.M. Vidal


[1] Livre : Mémoire en Images : SOMMIERES et son canton de Thérèse et Aimé Jeanjean, éditions ALAN SUTTON

Suite des délibérations

En 1843, Louis Coulomb fut nommé maire par le Préfet. Il fut d’ailleurs reconduit dans ses fonctions en 1846 et conserva cette fonction beaucoup plus longtemps. Aucune délibération ne mentionne la Révolution de 1848 ni la proclamation de la IIème République, mais par la suite, différents évènements nationaux furent mentionnés. Il semblerait que le Second Empire fut privilégié par Souvignargues car c’est de ce gouvernement dont les délibérations feront le plus souvent état. Cette popularité du Second Empire dans la région languedocienne a-t’elle un lien avec l’évolution des cours du vin ? Il faut dire que le vignoble avait augmenté de façon considérable, passant de 190 000 ha en 1808 à 238 000 ha en 1828 et l’hectolitre de vin valant 12 francs en 1845, puis 6,50 Francs l’année suivante était remonté à 50 Francs en 1856, soit cinq fois plus que sous la Monarchie de Juillet. Il fconvient tout de même signaler que l’oïdium avait fait son apparition et que la production de vin avait considérablement diminuée. Aucune mention n’est faite concernant la guerre contre les Prusses ni des défaites des armées françaises, pas plus que de la chute de l’Empire et de la proclamation de la République du 4 septembre 1870 ; rien non plus sur les évènements qui suivient à Paris, La Commune et Versailles. Seul l’emprunt souscrit par Souvignargues d’un montant de 1 300 Frs dont 1.000 furent affectés à l’armement de la Défense Nationales et 300 Frs à la constitution de la Garde Nationale figure dans les registres de la mairie. Louis Coulomb conserva son poste de maire jusqu’au 12 mai 1867 où il fut remplacé par Barban. Peut-être suite à un problème de santé ? rien ne le précise.

L'année  1840 fut marquée par des pluies torrentielles et le conseil accorda une somme de 80 francs pour aider les victimes des inondations, le Rhône ayant inondé la région du Bas-Languedoc. En septembre 1849, le Vidourle déborda  inondant la région et une somme de 40 francs fut votée par le conseil municipal. En 1856 il y eut de nouvelles inondations dans la vallée du Rhône et une souscription auprès des habitants de Souvignargues fut décidée au profit des sinistrés. Le Midi subira encore d’importantes inondations le 4 juillet 1875.

Des projets d’intérêt régional seront également étudiés et réalisés au fil des ans :

  • Construction d’un canal d’irrigation du Languedoc à partir du Rhône, estimé trop couteux à l’époque mais qui fut repris quelques 100 ans plus tard par Philippe Lamour et qui aboutit à la création du Canal du Bas-Rhône-Languedoc actuel.
  • Tracé d’une ligne de chemin de fer reliant Rodez à la Méditerranée passant par Le Vigan, Saint Hippolyte-du-Fort et la vallée du Vidourle. La ligne de Nîmes à Montpellier avait fait l’objet d’une délibération en 1840.
  • Projet d’un service médical gratuit pour les indigents des campagnes.
  • En 1851, une demande de devis fut faite pour l’agrandissement et la construction du lavoir. En effet, le premier bassin existant appartenait à Mr de Montlaur et était insuffisant pour les besoins de la population.  Les travaux furent  terminés en Mai 1853 pour un montant de 427,80 Frs. D’autres travaux de réparations seront nécessaires en 1865, 1881 et un nouvel agrandissement fut prévu à l’aide d’un emprunt de 1389,97 frs en Juin 1884.
  • La construction d’une toiture fut  réalisée en Juin 1892 et  réglée par un emprunt de 1700 Frs.
  • En mars 1925, un curage de la mare coûta 775 frs et une demande de participation fut formulée auprès du service de l’Hygiène du département.  
  • En novembre 1928, une lettre fut adressée au Préfet pour que des mesures soient prises à l’encontre du propriétaire de la mare attenante aux lavoirs afin que les eaux de pluies de la mare ne soient plus refoulées dans le lavoir. Mais en Avril 1930 constat est fait que Mr Albert Vignal envoyait toujours les eaux de la mare dans le lavoir entraînant des soucis d’hygiène et des nuisances pour les ménagères qui y blanchissaient leur linge.

 

Le Lavoir

Ce lavoir fait toujours partie du patrimoine de Souvignargues. Il est situé en contrebas de la rouge, en bordure de la D22, sur la gauche quand on arrive de Montpezat. Malgré sa toiture assez dégradée, l’intérieur du lavoir est en bon état car il a fait l’objet d’une intervention du chantier d’insertion il y a quelque temps déjà. Par ailleurs, la restauration de la toiture préconisés par un achitecte a été effectuée récemment afin d'assurer la sauvegarde de ce bel édifice.

Le lavoir de souvignargues

Le Lavoir de Souvignargues (Photos de Jean Marc Vidal)

  • De 1837 à 1893 de nombreuses délibérations concernent les cimetières catholiques et protestants de Saint-Etienne d’Escattes et de Souvignargues. Dans un premier temps après la construction du cimetière protestant en 1837, seuls des travaux d’agrandissement furent programmés, mais très vite, l’acquisition de nouveaux terrains fut envisagée car les cimetières existants ne peuvent plus accueillir d’inhumations. Une délibération du 23 décembre 1866 prévoyaitt la construction de deux cimetières à l’extérieur des villages et de procéder à l’exhumation des cadavres afin d’éviter toute épidémie. C’est ainsi qu’en Mai 1867 un terrain fur acquis à Mme la Comtesse de Montlaur pour la somme de 1 200 Frs à Souvignargues et un terrain coûtant 1 000 Frs fut acheté à Mr Jacques Chaze pour créer le cimetière catholique et protestant de Saint Etienne d’Escattes. La construction de ces deux cimetières s’élèva à 7 000 Frs, financés en partie par un emprunt de 5120 Frs. L’Installation de deux croix destinées à être placées au milieu des cimetières catholique fut réalisée en Novembre 1868 pour la somme de 388,50 frs. En avril 1869 l’agrandissement du cimetière de Saint Etienne d’Escattes fut décidé pour une surface de 28 centiares tandis que l’agrandissement du cimetière protestant de Souvignargues nécessita, en Octobre 1875, l’acquisition d’un terrain pour 420 Frs. Il fut décidé par le Conseil d’affecter à des concessions privées une partie du terrain dont le revenu fut réparti pour les 2/3 à la commune et pour 1/3 au bureau de bienfaisance. Mais là encore, l’installation d’une grande croix dans la partie centrale des 2 cimetières nécessita un supplément de recettes pour financer cette dépense imprévue. C’est en Août 1893 que la décision fut prise de créer la place publique sur l’emplacement de l’ancien cimetière de Saint Etienne d'Escattes.
  • L’Entretien et l’agrandissement de certains chemins vicinaux préoccupèrent tous les conseils municipaux successifs et furent, après l’église de Souvignargues, les dépenses les plus importantes de la commune. La comtesse de Montlaur, Marie-Eliane de Montglas, céda à plusieurs reprises des arpents de terre à la Commune pour agrandir certains chemins.

 

Les Ecoles

  • L’enseignement représenta également un important poste de dépenses en raison de son organisation, du salaire et de l’allocation de logement de l’instituteur ainsi que de l’institutrice. Les filles suivirent pendant longtemps l’enseignement des religieuses de l’ordre des Sœurs de la Sainte Famille de Vagnas et ce n’est qu'en 1881 qu’une école laïque fut mise en place. La construction d’un bâtiment spécial pour l’école des filles ne fut réalisée qu’en 1882. L’école n’était pas gratuite et une participation financière était demandée aux écoliers qui étaient divisés en trois catégories : dans la 1ère classe, les écoliers sachant écrire et compter sur le papier payaient 2 Francs ; dans la 2ème classe les élèves qui écrivaient mais ne savaient pas compter payaient 1,50 francs et enfin dans la 3ème classe les élèves qui épelaient seulement les mots et n’écrivaient que sur l’ardoise payaient 1 Francs.  Ces tarifs ont été peu augmentés vers la fin du XIXème siècle et une instruction gratuite pour quelques enfants appartenant à des familles nécessiteuses fut prévue.  Il faudra attendre 1922 pour que le problème de l’école des filles soit enfin résolu par la création d’une école mixte.

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Malgré le peu de recettes de la commune (taxes sur le propriétés bâties et non bâties, taxe d’habitation et taxe professionnelles) auxquelles s’ajoutaient les coupes de bois dans les zones ne figurant pas au registre forestier national et la taxe sur les bêtes à laine, le budget de Souvignargues était équilibré pratiquement chaque année.

  • En 1871, Dort succèda à la mairie à Barban qui était en place depuis 1867. Julian fut son adjoint. Les maires étaient à présent élus au suffrage universel. En 1876 Dort fut réélu et Marioge devint son adjoint. En 1881, c’est Soulier qui prit la place de Dort. Les problèmes de la commune demeuraient récurrents : entretiens et agrandissement des chemins, du cimetière de Saint Etienne d’Escattes, renouvellement de la ferme du four communal, taxation des bêtes à laine. L’école des filles n’était toujours pas construite. La vente de deux immeubles qui servaient d'école dans le passé fut programmée pour son financement.

Malgré tous ces changements de maire, Souvignargues continua ses investissements dans le seul but d’améliorer les conditions de vie de ses administrés.

 Les problèmes d’alimentation en eau firent également l’objet d’un grand nombre de délibérations :

  • Septembre 1865, déplacement de la pompe du plan située sur la voie publique pour l’installer dans un lieu plus commode et moins dangereux pour un montant de 150 frs ;
  • Construction d’une conduite d’eau pour alimenter le puits communal de Saint-Etienne d’Escattes
  • Novembre 1876 une ligne de crédit fut mise en place pour réparer à neuf la pompe de Saint-Etienne d’Escattes
  • Août 1878 suite au manque d’eau dû à la sécheresse, le puits principal fut creusé plus profond et d’autres puits furent nettoyés pour un montant de 160 Frs.
  • Août 1891, le manque d’eau dans la partie nord du village conduisit au creusement d’un puits sur la place dite de la croix. Une somme de 300 Frs fut votée car les sources étaient abondantes et peu profondes dans la commune.
  • Février 1892, achat d’une pompe neuve pour la fontaine de la place pour un coût de 200 frs.
  • Septembre 1896, les puits étaient à sec depuis deux mois suite aux conséquences d’une sécheresse extraordinaire. Il fut indispensable de creuser les puits plus profonds pour que les habitants puissent avoir de l’eau ce qui nécessita une dépense de 100 Frs.
  • Juillet 1900 : La nécessité de creuser un puits communal sur la place de Saint Etienne d’Escattes entraîna le versement d’une somme de 600 frs.

1950 : le maire envisagea d’adhérer au Syndicat de l’eau afin de relier Souvignargues à l’eau potable, puis en 1957 un devis fut demandé dans le même sens pour amener l’eau potable à Saint-Etienne d’Escattes.

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Le Transport

En 1895, Jean Aboulen demeurant à Souvignargues, fit circuler une diligence, entre Souvignargues, Maruéjols, Saint-Côme, Clarensac, Caveirac, Nîmes et retour. Il céda son fonds de transport au sieur Espanet de Souvignargues. Ce dernier changea le trajet et se rendit à Nîmes une fois par semaine le Lundi en passant par Montpezat. Il cessa toute activité en 1922 dès l’arrivée des autocars Gardois[1]. Les transports s’améliorèraient pour les populations, mais également pour les marchandises.


[1]  Le Gard en Diligence, voitures publiques, malle-poste, omnibus, fiacre, tramway fin XVIIIème siècle-1928) de Jean Marie Rosenstein, p.150-151

Le monument aux Morts

Les délibérations entre 1897 et 1936 ne parlent pas des évènements nationaux pas plus de la guerre de 1914-1918 alors que nous savons aujourd’hui que quinze Souvignarguais sont morts pour la France. Il nous est difficile de ne pas évoquer ici le sacrifice de ces jeunes hommes qui ne rentrèrent jamais plus dans leur pays et de leur associer également les soldats morts en défendant leur pays pendant la seconde guerre mondiale. Afin de ne jamais les oublier, une souscription fut lancée le 25 janvier 1952 dans le but d’ériger un monument aux morts. La somme de 3 000 Frs fut reversée en mémoire des militaires du département.

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Le monument aux morts de Souvignargues (photo J.M. Vidal)

Gabriel Boissy

En octobre 1923, Gabriel Boissy, écrivain et journaliste, ancien combattant et l'un des fondateurs de l'Association des Ecrivains combattants, reprit le projet de "lumière éternelle" de Grégoire Calvet. Passant tous les jours place de l'Etoile à Paris pour rentrer chez lui, il trouvait que la tombe du Soldat inconnu paraissait bien seule sous la voûte de l'Arc de Triomphe et exprima sa crainte, dans le journal "L'intransigeant", que ce Soldat soit peu à peu oublié par la société. Il proposa alors  d'installer une flamme du Souvenir aux Morts qui brûlerait sans interruption. Le feu fut préféré à l'énergie électrique car "la flamme symbolise la vivacité, la perpétuité et l'ardeur en témoignage de la valeur du sacrifice". L'installation de cette flamme fut confiée aux établissements de ferronnerie d'Edgard William Brandt qui choisirent Henri Favier, architecte, pour dessiner la structure qui accueillera la Flamme Sacrée. Ce dernier proposa de construire une bouche à feu qui serait encastrée au centre d'une rosace représentant un bouclier de bronze renversé dont la surface ciselée est constituée par une frise de glaives formant une étoile, la gueule du canon étant braquée vers le ciel.

Grégoire Calvet décéda le 28 octobre 1928. Il fut alors reconnu comme le créateur des cérémonies du souvenir et de la flamme éternelle.

Montage boissy gabriel pour site

Les conditions de vie de la population s’améliorèrent rapidement et changèrent désormais leurs habitudes. L’éclairage public au pétrole fut installé dans les rues du village et fonctionna huit mois dans l’année et dix- sept jours par mois. Cette décision semble s’expliquer par le fait que l’été et certains jours du mois n’avaient pas besoin d’éclairage supplémentaire, les éléments naturels laissant suffisamment de clarté. L’Electricité permit de remplacer l’ancien éclairage au pétrole au début de la guerre de 1914-1918. Quant au téléphone, ce n’est qu’en 1921 qu’une cabine téléphonique fut installée sur la place du village et confiée en gérance à Bourillon. Saint-Etienne d’Escattes dut attendre 1926 pour profiter à son tour de ces installations.

L’invention du cinéma à Souvignargues, toujours à la pointe du progrès, permit de mettre à disposition un appareil cinématographique pour les cours d’orientation agricole organisés à l’école des garçons. Le village progressa aussi sur le plan social grâce à l’organisation de l’Assistance médicale gratuite dans les années 1900. Un règlement sanitaire fut alors adopté par le conseil en 1904 concernant non seulement l’hygiène, mais touchant de nombreux domaines : normes dans la construction, propreté des eaux alimentaires, des écuries, des caves à vinification, à la protection des installations sanitaires, création d'un bassin pour l’alimentation en eau du village, etc…Saint-Etienne d’Escattes bénéfia elle aussi de toutes ces mesures mais fut desservie, toujours après Souvignargues, avec quelques fois un décalage de près de dix ans.

Après la mise en place des retraites ouvrières et paysannes, l’aide aux vieillards, aux femmes en couches, aux familles nombreuses, aux Mutilés de guerre, la municipalité fut  favorable à la création de la Maison de l’Agriculture mais refusa de souscrire à la Compagnie Nationale du Rhône. Un projet d’équiper Souvignargues en fusée paragrêle resta sans suite.

En 1926 l’abbé Ducry fut nommé curé de Souvignargues. Très estimé par la population, il résida à Souvignargues jusqu’à l’âge de la retraite et fut  le dernier curé habitant dans cette commune.

La guerre de 1939, même si elle a été moins meurtrière que celle de 1914-1918, n’a pas épargnée notre région et notre village connut l’occupation allemande. Souvignargues peut être fière d’avoir participé au maquis des Cévennes dont plusieurs membres payèrent de leur vie en tombant sous les balles ennemies au cours de leurs actes de courage et patriotisme.

La Cave Coopérative

La viticulture dut faire face à plusieurs crises notamment l’apparition de l’oïdium en 1850, le phylloxéra qui démarra à Roquemaure en 1861, et le mildiou en fin de siècle. Ensuite, la grave crise de surproduction vinicole suite la mévente du vin entraîna en 1907 la « Révolte des Vignerons » qui dénonçaient les vins « mouillés » ou la chaptalisation autorisée dans les autres régions ainsi que l’arrivage en abondance des vins d’Italie, Espagne et Algérie. Plusieurs manifestations eurent lieu à Perpignan Carcassonne, Nîmes, Montpellier et Béziers et Narbonne. C’est à Béziers le 22 Juin 1907 que le 17ème régiment d’infanterie de ligne muté de Béziers à Agde, apprenant la fusillade du 20 juin à Narbonne faisant cinq morts, se mutina et 500 soldats de la 6ème compagnie pillèrent l’armurerie et prirent la direction de Béziers où ils furent accueillis chaleureusement par les Bitterois.

Le Gouvernement fut contraint de prendre des mesures pour permettre l’assainissement des marchés. Pourtant, malgré tous ces problèmes, la commune de Souvignargues décida, en 1939, la construction de la cave coopérative vinicole. L’architecte Henri Floutier fut choisi. Au début, de capacité de vinification et de logement modeste (12 000 hl environ), cette cave coopérative connut un bel essor atteignant, après avoir subi plusieurs agrandissements une capacité totale de 55 000 hl. L’installation d’une chaîne de thermovinification en 1975 (procédé nouveau qui permet de chauffer les vendanges pendant une trentaine de minutes avant de les presser) et l’informatisation permirent à la cave de réduire ses coûts de vinification et évitèrent aux vignerons de Souvignargues de subir des problèmes de vente trop importants. Elle adhèra en 1985 aux Coteaux du Languedoc qui devinrent A.O.C. en 1989 grâce, notamment, à l’effort de plantation d’encépagement adéquat par les coopérateurs.  Après sa fusion en 2001 avec les caves de Combas et Montpezat puis, en 2005 avec celle de Lecques, elle prit la dénomination « Les Vignerons du Grand Souvignargues ».

La labellisation "Patrimoine du XX° siècle" fut attribuée à la cave fin 2013 ce qui permit surtout de mieux faire connaître et valoriser son architecture contemporaine qui reste encore très pratique de nos jours.

Depuis sa création, huit présidents se succédèrent et il apparaît que la famille VIDAL ait joué, et continue de jouer un  rôle important dans la vie de cette cave coopérative tournée résolument vers l’avenir pour toujours présenter des produits de qualité :

  • Marcel VIDAL (1939-1960), l’un des fondateurs de la cave
  • Maurice PATTUS (1960-1975)
  • Yvan VIDAL (1975-1983), fils de Marcel VIDAL
  • Jean Denis NOUVEL (1983-1987)
  • Jean Marc VIDAL (1987-1989), petit-fils de Marcel VIDAL
  • J.C. RAYNAUD (1989-2000)
  • Gilbert Robert (2000-2008)
  • Sébastien VIDAL (2008 …..), arrière petit-fils de Marcel VIDAL

Cave cooperative de souvignargues modifiee

La Fontaine-Abreuvoir

Parmi les monuments déjà cités dans les pages précédentes, pour compléter le patrimoine de Souvignargues et Saint Etienne d’Escattes, nous nous devons d’ajouter la fontaine-abreuvoir de type rustique selon l’appréciation proposée par Louis Plantier dans son ouvrage « Fontaines de Haute Provence », éd. Edisud », située sur la Place de la Croix au centre du village. Elle est constituée d’un système métallique pour le pompage de l’eau et d’un grand abreuvoir construit en pierre mais qui a été largement recouvert de béton.

La pompe place de la croix r
La croix f

La place de la Croix

Toujours sur cette place de la Croix, nous pouvons admirer la magnifique croix constituée d’un socle en deux parties sur lequel est disposée une colonne en pierre rescellée à l’aide d’un socle béton. Cette colonne est surmontée d’une petite croix en fer forgée. L’inscription que l’on devine gravée sur le socle est devenue indéchiffrable au fil du temps. Cet ouvrage est malheureusement en assez mauvais état malgré une tentative de remaniement pour tenter de le sauvegarder ayant entrainer un mauvais alignement de la colonne et du socle.

La croix en fer

Le Foyer Communal

C'est par délibération de 1979 que la décision de construire un foyer communal fut prise mais, le terrain communal choisi s'avétant trop petit sur le lieudit "La Vignasse", Monsieur Vidal proposa un échange de parcelles voisines.  Après accord des parties concernées ce projet fut réalisé de 1980 à 1982 et figure désormais dans le patrimoine de la commune. Depuis, Les Souvignarguais peuvent se réunir, organiser des rencontres associatives, des expositions et autres manifestations dans ce bel ensemble dont les sanitaires ont été rénovés des sanitaires en 2014 pour une mise aux normes actuelles.

Foyer communal d

Foyer communal de Souvignargues - photo de Jean Marc Vidal

La Capitelle de Mr Jean Claude Salom

Nous avons gardé pour la fin une spécificité de notre région : La Capitelle de Mr Jean Claude Salom, située au lieu-dit Le Théron, près du hameau de Saint Etienne d’Escattes sous la référence cadastrale B0096. Il s’agit d’une construction en pierres sèches de plan circulaire, de taille modeste, caractérisée par la tourelle qui la surmonte des cabanes du « Sommierois ». Elle ne comporte qu’une ouverture équipée d’un solide linteau. Elle a été restaurée par son propriétaire en 2006 afin d’en retrouver sa forme d’origine car la tourelle avait disparu et l’ensemble menaçait de s’effondrer. Cette capitelle est très visible depuis la route et le propriétaire semble d’accord pour que le public passe sur son terrain pour l'admirer de plus près.

Capitelle salom diminuee 1

Nous achevons cette chronique entièrement consacrée aux villagesn de Souvignargues et Saint-Etienne d’Escattes dans l’espoir qu’à l’avenir tout sera mis en œuvre pour le maintien des bonnes conditions de vie des administrés très attachés à leurs villages dans un cadre agréable et pour que la sauvegarde du riche patrimoine historique qu’ils ont su préserver au cours des siècles reste une préoccupation constante pour que la mémoire du passé soit toujours transmise aux générations futures.

 

Jean Marc Vidal et Anne Marie

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