Souvignarges et Saint-Etienne d'Escattes

 

 

Carte de la vaunage chematisee

Situation géographique

Ce petit village d’une superficie d’environ 11,09 km2 situé dans la vaste région du bassin du Vidourle, dépend du canton de Sommières dans le Gard. Toutefois, comme nous pouvons  le constater sur la carte ci-contre, il est limitrophe à l’Est, aux portes de la Vaunage[1] avec Calvisson et Saint-Côme-et-Maruéjols ses proches voisins. Le ruisseau des Corbières (ou l’Aygalade), petit affluent du Vidourle à sec une bonne partie de l’année traverse Souvignargues. C'est d'ailleurs en raison de son lit étroit, qu'il porte le nom de "ruisseau". L’altitude de cette région entrecoupée de plaines et de bassins, traversée par de petites collines qui forment une chaîne orientée du N.-E au S.-O., varie entre 250m et 25m au sud. Le point le plus haut de Souvignargues est de 100m, tandis que celui de Saint-Etienne d’Escattes est de 80 m.

 

C’est au cours de l’an III (1794), lorsque la Constitution supprima les districts que Saint-Etienne d’Escattes débaptisée fut rattachée à Souvignargues qui prit alors le nom de Souvignargues-Escattes.

Situées dans le Bas-Languedoc, Souvignargues et Saint-Etienne d’Escattes bénéficient d’un climat méridional auquel correspond une végétation méditerranéenne constituée des forêts de chênes kermès peu denses et de garrigues abondantes en genêts, thym, lavande, romarin, arbousiers, etc.

 

[1] Cf. notre rubrique « Villages de la Vaunage »

 

Le Blason[2] de Souvignargues

D'azur à la tour d'argent ouverte, ajourée et maçonnée de sable, soutenue de deux scorpions adossés, aussi d'argent.

"D'azur" pour rappeler le ciel bleu ici.

"A la tour", car Souvignargues possédait une tour de guet, comme souvent ces petits villages, proches de la méditerranée.

De la mer pouvait venir l'ennemi, débarqué vers Montpellier et des chemins. Ceux qui se dirigeaient vers l'Espagne ou l'Atlantique.

"Deux scorpions" parce que ce village abrite aussi des petites bêtes de ce genre, dont le fameux scorpion blanc, très prisé par les pharmaciens pour son poison, fournissant un anti-poison remarquable. Les souvignarguais en faisaient, dans le temps, commerce à Montpellier

Blason souvignargues pour site
Image

Circulade

La photo aérienne de Souvignargues laisse apparaître un village construit en forme de circulade avec, en son noyau central, le château et la chapelle castrale entourés par un premier cercle, le dos des maisons servant de rempart. Une deuxième rangée de maisons faisant face aux murs du premier cercle fut alors érigée d’une telle façon que le dos de ces maisons constitue un nouveau rempart. Il en est de même pour le troisième cercle. Souvignargues a conservé le caractère médiéval de cette belle architecture de défense avec ses auvents d’échoppes, ses arcades en plein cintre et ses soubassements muraux.

L'ancien château primitif, construit probablement en bois comme la plupart des châteaux de la région, devait occuper initialement le point culminant au centre du village, mais aurait été reconstruit plus tard en périphérie avec un tour. A quelle époque ce château a-t’il été déplacé ? Aucun document confirmant ou infirmant cette thèse n'a été trouvé à ce jour. Toutefois,  en 1175, le château primitif existait déjà mais, cinq siècles plus tard, en 1679, dans l’aveu et le dénombrement de la seigneurie de Louis de Brueys, seigneur de Souvignargues, il est fait mention de « l’ancien château »  

Un peu d’histoire dans le Bas-Languedoc[3]

Concernant les cinq siècles de domination romaine, il existe très peu de documents qui confirment l’existence de Souvignargues à l’exception de deux inscriptions trouvées, l’une dans le Recueil de Gruter (Gruter inscrip. Orb ; Rom. MCLIV, 4) faisant état d’un Blésidius, fils de Salvinus, et l’autre dans les Inscriptions Antiques de Fabretti que Ménard cite dans son ouvrage sur la ville de Nîmes (T I, liv. 3, notes) mentionnant un Salvinus Latronius. Ces inscriptions sont importantes car elles situent approximativement, la date de la formation du premier groupe d’humains à l’origine du village actuel, mais expliquent également l’étymologie de son nom : Salvinus ager. Il faut savoir que les Romains attribuaient une partie des terres conquises aux vétérans de leurs légions auxquelles ces derniers donnaient leur nom suivi du suffixe « anus ».  Malgré cette absence de document formel, il paraît raisonnable de penser que le dénommé Salvinus cité par Gruter et Fabretti, ait été le premier propriétaire d’une villa qui lui aurait été attribuée par Auguste en l’an 727 de Rome, soit 27 ans avant J.C., après la bataille d’Actium[4]. Salvinus ager se transforma au fil des siècles en Souvignargues.

Cette Pax Romana, assura à notre région une longue période de paix et de prospérité, mais ensuite, le déclin de l’Empire Romain et sa chute permirent aux hordes de peuples barbares d’envahir à différentes époques, le Languedoc. C’est ainsi que Vandales, Wisigoths, Francs, Arabes, Normands, Hongrois, Sarrasins, puis, Hérésie et Arianisme, ainsi que de grandes épidémies (peste, choléra, …) dévastèrent cette région. Nîmes ainsi que tous les villages environnant ne furent pas totalement épargnés.

Gruter souvignargues et histoire nimes

Durant la période carolingienne, en l’an 813, le document d’un grand propriétaire foncier de Nîmes, Braidingus, atteste que ce dernier, en date du 1er Janvier 813, lègue de nombreux biens à l’abbaye d’Aniane et sur lequel on découvre la mention de Silvianicus.  Braidingus était-il un héritier en ligne directe, ou indirecte, du patrimoine de Salvinus ou bien avait-il tout simplement acquis ces biens quelque 9 siècles après ? Rien ne permet de répondre à cette question.

l.18 garricis, aquis aquarumve eductibus, unacum molinare, qui est in ipso rio Ponderare, et est infra terminum de villa Silvanianicus. Similiter et ipsa villa Silvinianicus.omnia et ex omnibus quod ibi visus sum habere vel possidere. Et in villa Calvanianicus similiter
(extrait de la charte 4790 des A.D. de l’Hérault I J1016, trouvée sur le site 
http://www.cn-telma.fr/originaux/charte4790/

 


[3] Les éléments qui vont suivre ont été tirés du livre « SOUVIGNARGUES », petit village du Bas Languedoc du docteur Jean Lavie, correspondant de l’Académie de Nîmes, imprimé sur les presses de l’imprimerie Christian Lacour à Nîmes en Février 1997, ainsi que divers documents et sites que nous citons au fur et à mesure dans les notes de bas de pages.


[4] Le 2 septembre de l'an 31 avant J.-C., une grande bataille navale se déroule près d'Actium, sur la côte occidentale de la Grèce, non loin de Corfou. Octavien (ou Octave), fils adoptif et petit-neveu de Jules César, bat Marc Antoine et Cléopâtre, les amants les plus célèbres de l'Antiquité, sinon de toute l'Histoire. C'est le point final à près d'un siècle de guerres civiles ! http://www.herodote.net/2_septembre_31_avant_JC-evenement--310902.php

Pour gouverner son immense empire Charlemagne avait créé de grands domaines confiés à de nombreux comtes, vicomtes et viguiers mais, suite à l’insécurité et l’anarchie qui en résultèrent, ces domaines furent  réduits peu à peu en moyennes et petites seigneuries. Pour se protéger et permettre à leurs populations de s’abriter en cas de danger, ces seigneurs ont alors fait construire des demeures fortifiées (les châteaux forts du Moyen-Âge). La grande Province du Languedoc était désormais composée d’un nombre important de moyennes et petites seigneuries sous la dépendance des Comtes de Toulouse. Les décennies qui suivirent furent relativement calmes et la Province connût un important essor économique et social ainsi qu’une une forte poussée démographique. L’apparition des Troubadours, l’institution de la Chevalerie, la poésie permirent un épanouissement de la civilisation occitane en Languedoc mais aussi en Provence.

Quelques citations :

Quelques citations puisées ici et là nous livrent de précieux renseignements qui nous permettent de mieux situer dans le temps les deux villages de Souvignargnes et Saint-Etienne d’Escattes :  

Saint-Etienne d’Escattes :

« Pétri de Scata Sacerdotis » (Histoire du Languedoc, Edit.Paya, Toulouse, 1840, T IV, p.516, année 1168)

« B. de Scata ». 1174 » (Dictionnaire Topographique du Département du Gard de Germer Durand) dans Ménard T VII, p.721)

« Bermundo de Scata Presbytèris » ((Histoire du Languedoc, Edit.Paya, Toulouse, T VI, p.531, année 1174)

« Prioratus Sancti Stéphani de Scata » en 1242 (ADG, G366)

« Ecclésia de Scata » 1836 » (dans le Répertoire du Subside de Charles VI)

« Sanctus Stephanus de Scata », 1496 (Ménard (IV, pr p.63, C&)

« Le Prieuré de Saint-Etienne d’Escatte ». 1609 (Ins. Eccl. du Diocèse de Nîmes)

« Saint-Etienne d’Escats », 1634 (ADG, G 742).

« Saint-Etienne d’Escats », 1670 (Ins. Eccl. du Diocèse de Nîmes)

« Saint-Etienne de Castes », 1704 (C.J. de La Baume, Rel. Inéd. De la Révolte des Camisards)

« Saint-Etienne d’Esclate », 1756 (Fontaine, Not. Nîmes)

« Saint-Etienne d’Escate », 1768 (ADG, G 376)

Souvignargues

  813 – « Silvanianicus ou Silvinianicus » (dans le testament de Braidingus à l’Abbaye d’Aniane, susdit)

1031 - « In Terminium Sancti Andrae de Slavignanicus in ripa aqua Lata in comitatu Némausensis » (dans le cartulaire de Notre-Dame de Nîmes (la Cathédrale)

1123 - « La villa Salvinianica » (citée dans le cartulaire de Psalmodi)

1124 – « Pons de Souvignargues, Chevalier des Arènes, prête serment au vicomte de Nîmes Bernard-Aton, fils d’Ermengarde et époux de Cécile de Provence » (Mazauric. Histoire du Château des Arènes, p. 198-199)

1125 – « Salviananègues » (désignant Souvignargues dans le cartulaire de Psalmodi)

1138 - « Donation faite au Comte Alphonse Jourdain de Toulouse en l’An 1118 (1138) » « Témoins (entre autres) : Guillaume de Salvananègues » (dans Histoire du Languedoc (T IV, Pr. P.426)

1384 – « Salvanhanicae » (citée dans le dénombrement de la Sénéchaussée)

1435 – « Salvanhargues » (Dans le Répertoire du Subside de Charles VII en 1435)

1461 – « Salvinhargues (Reg. Cop.de lettres roy. E fo 71)

1548 – « Sauvahargues » (Cart. De Franquevaux)

1557 – « Sovinhargues » (J. Ursi, Not. Nîmes)

1563 – « Saulvinhargues » (Ibid)

1582 – « Sauinhargues et Escatte, viguerie de Saumières » (Tar. Univ. Du diocèse de Nîmes)

1616 – « Sauvagnargues (arch. Com. de Combas)

1704 – « Sauvignargues (J.C. de la Baulme. Rel. Inédite de la Révolte des Camisards).

(Citations extraites du livre du Docteur Jean Lavie : Souvignargues, petit village du bas Languedoc)

Outre Pons et Guillaume de Souvignargues cités ci-dessus, il semblerait que cette commune puisse être fière d’avoir compté trois Chevaliers des Arènes[5]. En effet, selon l’ouvrage de Mazauric, Eudes de Souvignargues et sa femme Marie auraient cédé à Ugo de Colombier une terre de la paroisse Saint Martin (une église située à l’intérieur des Arènes de Nîmes) et seul, un chevalier des Arènes pouvait céder une terre de la paroisse Saint Martin.

Souvignargues et Saint-Etienne d’Escattes sont restées sous la suzeraineté des Comtes de Toulouse de la fin de l’époque Carolingienne à la fin de la première moitié du XIIIème siècle. Si le XIIIème siècle fut considéré en France comme le « Grand siècle du Moyen-Âge », il n’en a pas été de même dans le Languedoc occidental et le Bas-Languedoc, qui furent marqués par la « Croisade des Albigeois[6] » opposant le Pape Innocent III à l’hérésie cathare. Cependant, malgré le massacre de Béziers, la prise de Carcassonne en 1209, les sièges de Beaucaire (1216), d’Avignon (1226), de Bernis dont presque tous les habitants furent pendus et les prises de nombreux Châteaux forts (Bellegarde, Vauvert, Posquières, Bernis, La Calmette, St Chaptes, etc.), Nîmes et Sommières furent pourtant relativement épargnées. Les conséquences pour le Languedoc dont la démographie n’a pourtant pas trop été affectée, furent surtout administratives et politiques. Sommières et ses environs qui dépendaient de la Seigneurie des Bermond d’Anduze et de Sauve avant la Croisade, passèrent sous le contrôle de l’Administration Royale dès 1226 qui comportait un sénéchal par région, des viguiers et bailles pour les petites paroisses éparses dans la campagne. Par ailleurs, un mouvement d’indépendance communale se répandit dans toute la province avec l’établissement du Consulat dans beaucoup de paroisses faisant suite à l’affaiblissement du pouvoir seigneurial des Comtes de Toulouse. Enfin, il faut ajouter des conséquences sociales qui ont fait régresser certaines agglomérations comme Béziers et St Gilles tandis que d’autres ne cessaient de progresser.

En définitive, malgré cette guerre qui dura une quarantaine d’année, le XIIIème siècle finissait assez bien pour le Languedoc dont le commerce n’avait pas trop souffert mais au contraire s’était ouvert avec le nord de la France. Les destructions causées par les troubles permirent à l’architecture, à la construction et aux Universités de Toulouse et de Montpellier[7] de se développer. Le rattachement au Royaume de France permit également de créer une seule grande région jusqu’ici morcelée en de nombreuses principautés rivales, facilitant ainsi son développement économique et intellectuel.

Le XIVème siècle s’annonçait donc sous de très bons auspices pour le Languedoc, mais hélas ! c’était sans compter sur des évènements tragiques qui allaient durer près d’un siècle et demi. Nous les citons brièvement ci-dessous, laissant au lecteur le choix d’aller sur des sites développant plus longuement et plus précisément les évènements en question.


[7] Toulouse et Montpellier facultés de Droit et de Médecine se sont développées au détriment de Paris et Salerne en plein déclin.

  • La révolte des Pastoureaux[8] : en 1320, Mouvement des Paysans et Bergers de l’Aquitaine qui partaient s’embarquer pour la Terre Sainte. Cette louable intention  dégénéra bien vite en banditisme, les protagonistes se livrant à toutes sortes de violences, surtout envers les Juifs. Ce mouvement cessa à Aigues-Mortes où les Pastoureaux furent arrêtés et décimés. La région de Sommières a-t-elle souffert de ce mouvement ? Oui, probablement compte tenu de la proximité des troubles.
  • La Guerre de Cent ans[9] : de 1337 à 1453. La défaite de Crécy en 1346 où les chevaliers Français furent battus par les archers Anglais. Le Prince Noir, quelques années plus tard, organise ses folles chevauchées à travers toute la France, mais surtout en Languedoc dévastant le pays.
  • La Peste noire[10] : Des galères génoises venues d’Orient amenèrent ce fléau dans le port de Marseille en 1348. Il faut dire qu’après les longues périodes de disette et de famine subies au fil des siècles par les populations, la peste n’eut aucun mal à se répandre dans toute la France, puis dans toute l’Europe où près  de la moitié de la population fut décimée. Seul le rude hiver de 1349 assura une brève accalmie, mais la peste se manifestera à nouveau à différentes périodes. Nîmes connut d’ailleurs une terrible épidémie en 1499 qui a anéanti une grande partie de sa population.
  • Les Routiers et Mercenaires[11] : De tout temps ces bandes de miséreux ont existé, mais depuis la Croisade des Albigeois et la guerre contre les Anglais, le Languedoc vit s’amplifier ce phénomène. Bâtards de familles nobles, paysans sans terre et compagnons sans travail étaient souvent enrôlés dans l’armée pour augmenter les effectifs. Avides d’aventures et sans scrupule, ces hommes ne respectaient aucune règle et subvenaient à leurs besoins par les massacres et pillages.
  • La révolte des Touchins[12] : En 1381, cette révolte sociale et politique réunissait les élites et les masses paysannes s’opposant à la nomination du duc Jean de Berry comme lieutenant du Roi dans le Languedoc. Ce fut un véritable mouvement d’autodéfense contre les troupes de ce même Duc composées de nombreux Routiers et Mercenaires commettant de nombreuses exactions contre les populations qui poussèrent celles-ci à se révolter de 1381 à 1384.  Les Tuchins s’attaquaient aux Châteaux dont les Seigneurs s’étaient ralliés au Duc de Berry. Ils effectuaient des raids contre l’armée du Roi afin de récupérer le bétail et les récoltes volés aux paysans. Ils libéraient également les prisonniers et restituaient aux populations les biens qui leur avaient été enlevés. Après avoir anéanti les troupes du Duc de Berry, les Tuchins furent écrasés à leur tour par les troupes royales.

Après la mort du Duc de Berry, Charles VI reprit personnellement en main le gouvernement du Languedoc, mais après l’assassinat du Duc d’Orléans en 1407, frère du roi, les partisans de Jean Sans Peur, duc de Bourgogne, jettent de nouveau la France dans des luttes intestines sanglantes que la rechute de la maladie du roi ne fit qu’aggraver.

 

La guerre entre Anglais et Français ne cessa pas pour autant. C'est ainsi que Sommières vit arriver les Anglais jusque sous ses murs. Le Sénéchal de Nîmes reçut l’ordre du Roi de fournir 40 sergents de Nîmes et 54 pour les autres lieux de la Viguerie. Les villages de Souvignargues et Saint-Etienne d’Escattes ont-ils fourni des hommes ? Entre deux accalmies, les populations se remettaient au travail et cultivaient leurs champs, mais elles étaient souvent confrontées aux mercenaires et « routiers ».  Ce fléau perdura d’ailleurs durant les deux siècles suivants. Charles V tenta en vain d’arrêter cette véritable plaie, mais l’armée féodale, l’Ost, effectuait un service de 40 jours seulement puis, chevaliers et preux rentraient chez eux pour s’occuper de leurs affaires personnelles alors que les « routiers » poursuivaient leurs exactions, la guerre et les pillages étant leurs principales occupations. On peut raisonnablement penser que Souvignargues et Saint-Etienne d’Escattes connurent elles aussi, les razzias organisées par ces « grandes compagnies » installées en grand nombre dans des forteresses de la région et causant plus de dégâts en Languedoc que l’armée Anglaise elle-même. Clarensac, proche de Souvignargnes ne fut d’ailleurs pas épargnée : «Au XIVe siècle, épargnée par la Guerre de cent ans, dont les combats se livraient plus au Nord, Clarensac fut pillée régulièrement par les soldats désœuvrés devenus bandits, puis par les Tuchins, miséreux révoltés qui formèrent une véritable jacquerie en Languedoc. Puis, la peste noire, la famine et un tremblement de terre en 1348, décimèrent la population » (http://www.mairie-clarensac.com/page/historique).

Pierre Scatisse

En 1365, Pierre Scatisse achète l’ancien château des Bermond d’Anduze, situé dans la ville actuelle de Villevieille. Après la révolte des Trencavel en 1240, les Bermond furent dépossédés de tous leurs biens pour leur participation à la Croisade des Albigeois et ils ne conservèrent que la co-seigneurie de Sommières et sans doute aussi, la possession du château de Villevieille qui n'avait alors qu’une tour ronde. Ce château fut d'ailleurs cédé l’année suivante par Saint-Louis au Dauphin de Viennois, lequel le céda peu de temps après à Gérard de Prats, seigneur de Saint-Bonnet. Aucun document n’a été trouvé confirmant ce fait, mais c’est certainement à ce dernier que Scatisse l’acheta. Il devint en même temps propriétaire de différentes terres à Saint-Etienne d’Escattes et probablement de Souvignargues.  C’est Pierre Scatisse qui fit construire les trois tours carrées qui existent encore de nos jours. La propriété de Saint-Etienne d’Escattes est confirmée par un passage qu’Albin Michel consacre dans son ouvrage « Nîmes et ses rues » au chapitre de la rue du Grand Couvent : « Pierre Scatisse était seigneur de Villevieille, près de Sommières ; il possédait aussi diverses propriétés, notamment celle d’Escatte, de Calvisson aux abords de laquelle il fit construire une chapelle connue sous le nom de Saint-Etienne de Scatta, dépendant de l’archiprêtré de Sommières et dont l’évêque de Nîmes était le collateur »Une remarque s’impose concernant la construction de cette église car nous avons vu, dans les citations susdites, que l’Eglise de Saint-Etienne d’Escattes existait déjà depuis le XIIème siècle. Il ne peut donc s’agir que d’une restauration ou d’une reconstruction ce qui paraît vraisemblable compte tenu des ravages subis dans le Languedoc au travers des siècles. Frédéric Mistral, dans son célèbre dictionnaire « Le Trésor du Félibrige » nous explique que l’étymologie d’Escattes proviendrait de l’italien « scattare » et du latin « ex-captare » qui signifie tirer l’eau d’une source pour la conduire au moyen d’un canal, ce qui semble correspondre à Saint-Etienne d’Escattes dont les terres sont parcourues par de nombreux vallats.  Le verbe latin « scateo, scatére » signifie sourdre, et justifierait donc le nom d’Escattes.

Pierre Scatisse, homme très instruit, joua un rôle important non seulement en Languedoc mais aussi dans tout le royaume de France. Trésorier du roi à Nîmes, propriétaire foncier important de la région, Philippe VI de Valois en fait « son Receveur de Nîmes », puis, gagnant la confiance du roi compte tenu de son intégrité, Scatisse se voit confier diverses missions qu’il réussit brillamment : Signature de plusieurs traités, diverses collectes de sommes importantes dont une pour faire libérer le Roi prisonnier à  Londres, Levée en France d’un décime par livre pendant deux ans pour la rançon du roi Jean à la demande du Pape Innocent IV, collecte d’importantes sommes d’argent à verser aux Grandes Compagnies qui ravagent le pays, etc. Ces succès lui vaudront, à la mort du Roi Jean le Bon en 1364, de garder la confiance de son fils et successeur, Charles V qui lui donnera en 1374 les titres  de « Maistre des Comptes de Paris » et « conseiller du Roi »   qui furent le couronnement de sa carrière. A sa mort que l’on situe fin 1378 ou début 1379, on ne lui connaît ni épouse, ni enfant. Ses héritières seront deux filles d’Antoine Scatisse le Jeune, un cousin probable de Pierre Scatisse. Marie et Louise Scatisse épousèrent deux frères Odet (écuyer et lieutenant du sénéchal) et Raymond de Villar (sénéchal de Beaucaire de 1428 à 1455, puis conseiller et chambellan du roi) qui furent des partisans zélés et dévoués de Charles VII alors qu’il n’était encore que Dauphin.  En 1529, Pierre de Villar, petit-fils d’Odet et Louise, vendit à Jacques de Bozène, seigneur d’Aubais, le château de Villevieille, les terres de Domessargues, Sauzet ainsi que la portion de justice de Saint Chaptes. Le lendemain Jacques de Bozène revendit le tout à Bernard Pavée, Maître en la Cour des Comptes de Montpellier[13]. Les terres de Saint-Etienne d’Escattes et Souvignargues ne figuraient pas dans l’acte de vente. Quand ont-elles été vendues ? La famille de Villar a dû céder ces terres dans la deuxième moitié du XVème siècle car nous trouvons la trace en 1510, d’un Jean Guirauden de Faucon, docteur es lois et juge royal ordinaire de la ville de Nîmes, portant le titre de Seigneur de Souvignargues[14] et de Saint-Etienne d’Escattes et seigneur en partie de Combajagues.

Faucon jean guirauden

Ce n’est qu’à partir de 1485 que l’on voit apparaître le nom des de Faucon, le premier étant Guillaume, seigneur de Combajagues licencié es lois, juge à la Cour Royale de Nîmes. Il ne porte d’ailleurs pas encore le titre de seigneur de Souvignargues. Dans la sénéchaussée de Beaucaire, Hermengaud de Faucon, Seigneur de Souvignargues et son épouse Catherine de Montcalm eurent une fille, Françoise de Faucon.

 

[13] Acte notarié de Me Jean Payan, notaire royal de la cité de Nîmes, fait au château de Boisseron, ADG. Familles, Seigneuries et Chartriers, Château de Villevielle. 1E 2226.

[14]  Successions chronologiques dans Menard T.VI p.12 – Liste des officiers de la Viguerie et Cour Royale et des Conventions Royaux de Nîmes. 

La Seigneurie de Brueys (Brueis)[15]

Le 18 mars 1556, Françoise de Faucon, Dame de Souvignargues et de Saint-Etienne d’Escattes se maria avec Antoine de Brueys, ce qui confirme que la seigneurie de Souvignargues est bien passée dans la famille des de Faucon avant 1510 et que c’est donc grâce à la dot de Françoise de Faucon qu’Antoine de Brueys devint le nouveau seigneur des deux paroisses.

Antoine de Brueis était issu d’une famille languedocienne dont l’ancêtre le plus lointain était un Guillaume de Brueys, capitaine sous Duguesclin en 1366. Cette famille fut anoblie sous Louis XI et s’allia par la suite à plusieurs autres familles nobles du Languedoc. La famille d’Antoine et ses descendants habitèrent le château de Souvignargues construit au XIIème siècle. Ce n’est sûrement qu’une coïncidence, mais c’est lors de l’installation de cette nouvelle seigneurie à Souvignargues et Saint-Etienne d’Escattes, la seigneurie des de Bruyes de Saint Chaptes, notamment Antoine de Brueys (ou Brueis), que les guerres de religion apparurent en France et particulièrement dans notre région. Antoine de Brueys et son frère Denis, embrassèrent d’ailleurs cette nouvelle religion dès le début.

Pour ce siècle en cours, les guerres, intermittentes et entrecoupées de périodes de trêve et de paix, trouvèrent leur fin avec la signature de l’Edit de Nantes en 1598. Ambitieux et avides de biens, Antoine et  Denis de Brueys achetèrent différentes terres, métairies et châteaux, ainsi que certains biens de l’Eglise dès 1563. Poussés par leur nouvelle religion, ils participeront, en tant que chefs, à la « Michelade de Nîmes »[16], le 30 septembre 1567, soit cinq ans avant la Saint Barthélémy. Des centaines de catholiques furent massacrés et presque tous les édifices, non seulement de Nîmes et des villages environnants, notamment dans la Vaunage, furent détruits, ainsi que de nombreuses maisons appartenant aux catholiques. Cette agitation se propagea ensuite à Montpellier et atteignit peu à peu les sénéchaussées de Carcassonne et de Toulouse. Il serait fort étonnant que Souvignargues et Saint-Etienne d’Escattes aient échappé à ce massacre même si aucun document ne vient étayer cette hypothèse. Pourtant, le premier jour de la Michelade, un certain André de Brueys, Seigneur de Souvignargues, sauva Monseigneur d’Elbène de la mort certaine que les Religionnaires de Nîmes lui réservaient  en pratiquant une ouverture dans le mur qui séparait son habitation contigüe à l’Evêché. Il semblerait que dans la relation de ce sauvetage une confusion de prénom ait eu lieu et qu’en fait il s’agissait de Robert de Brueys, Seigneur de Saint Chaptes, frère d’Antoine et Denis, qui demeurait à ce moment-là à Nîmes, aucun document attestant la présence d’un André de Brueys n’ayant été trouvé. Condamnés à mort par contumace par le Parlement de Toulouse, le 18 Mars 1869 pour leur participation à ce massacre, Antoine et Denis ont échappé à ce jugement grâce à la signature du traité de Beaulieu, appelé aussi la Paix de Monsieur17]  qui annulait toutes les mesures prises par la Justice. Les armées protestantes et catholiques poursuivirent quelques temps leur affrontement et les combats s’éloignèrent davantage du Bas- Languedoc pour gagner dans la région d’Albi. Enfin la Paix de Longjumeau fut signée entre le Roi et le Prince de Condé, mais une agitation larvée continua à Nîmes et dans les Cévennes.

Antoine de Brueys, probablement mort vers 1596, avait eu trois enfants, Anne, Isabelle et François de Brueys Ce dernier lui succéda comme Seigneur de Souvignargues et Saint-Etienne d’Escattes. Antoine converti à la religion Réformée fut enterré dans son domaine. Il n’a donc pas été possible de connaître les dates exactes, ni de son décès, ni de la naissance de ces enfants, celles-ci n’ayant fait l’objet d’aucune inscription dans les registres d’état civil.

François de Brueys a épousé Antoinette de Ganges, Dame de Pondres, fille d’Antoine Seigneur de Pondres, et récupéra en plus la seigneurie de Pondres grâce à la dot de son épouse. Les Seigneuries de Pondres, Souvignargues et de Saint-Etienne d’Escattes furent réunies pour la première fois. Décédé le 10 Mars 1630 François de Brueys avait eu quatre enfants : Hélie de Brueys, mort à Castres en 1561, Marie, épouse de N. de Durfort, Jeanne, épouse N. de Sagreville et Antoine de Brueys II qui lui succéda dans les mêmes seigneuries.

Antoine de Brueys II, comparut le 2 août 1594 en qualité de Seigneur de Souvignargues au ban et arrière ban de la sénéchaussée de Beaucaire et de Nîmes. Le titre de Seigneur de Pondres n’apparaît pas et semble être passé dans le patrimoine d’un collatéral. Dans son testament du 14 Juin 1628, il demandait d’être enterré dans sa maison, mais ayant abjuré entre temps et selon sa dernière volonté, il fut enterré en Septembre 1668 en la forme de la Religion Catholique Apostolique et Romaine. De son mariage avec Rose de Calvière, il eut un fils prénommé François qui devint à son tour Seigneur de Souvignargues et de Saint-Etienne d’Escattes, mais ce dernier décéda vers la fin de 1679, sans alliance ni descendance. C’est donc son frère Louis de Brueys qui succéda à Antoine II, car l’autre fils, Victor, sieur de Saint-André était décédé le 2 avril 1694.  Antoine II et Rose eurent également cinq filles : Claudine qui abjura également la religion protestante et se maria en l’église de Souvignargues[18] avec Guy Yssalgier ; Jeanne, Rose, Marguerite et Julie. Les huit enfants d’Antoine II et Rose de Calvière furent maintenus dans leur noblesse par jugement souverain du 24 décembre 1688 (armorial du Languedoc).

Avec Louis de Brueys, c’est le début du déclin de la seigneurie de Souvignargues. Louis s’est marié tardivement avec Marguerite de Gaussen le 10 juin 1707 (Registre d’Etat Civil de Souvignargues). Il avait en effet près de cinquante ans. Le couple a eu trois fils dont deux choisirent la carrière des armes et le troisième entra en religion. Ce mariage tardif et la mésalliance avec Marguerite Gaussen dont le père était vraisemblablement « rantier » (fermier) n’est pas la seule cause de ce déclin qui avait déjà commencé durant la génération précédente en raison de mauvaise gestion, prodigalité, négligences, mais aussi de circonstances économiques défavorables causées par l’hiver très rigoureux de 1709 durant lequel toutes les vignes et tous les oliviers furent détruits par le gel. La période très troublée pendant une bonne vingtaine d’années de la fin du XIIème et le début du XIIIème siècle liée à la Révocation de l’Edit de Nantes en 1685 qui entraîna la révolte des Camisards, causa également de gros dommages en Languedoc, particulièrement dans la Vaunage et les paroisses avoisinantes. Marguerite Gaussen fut amenée à vendre ses biens quelques années après la mort de Louis de Brueys, acte signé chez Me Marignan, notaire à Nîmes, le 16 Mars 1739. La seule branche des De Brueys de Saint Chaptes disparut donc à la même époque pour des raisons également financières[19].

Il faut tout de même souligner que cette Seigneurie de Souvignargues et Saint Etienne d’Escattes appartenant à la famille de la noblesse languedocienne de Brueys, donna à la France trente officiers à l’armée dont cinq furent tués à l’ennemi, cinq consuls à la ville de Nîmes, trois avocats du Roi, deux conseillers au Présidial de la même cité, un lieutenant de la sénéchaussée de Beaucaire et un amiral, commandant de la flotte qui conduisit Bonaparte en Egypte et mourut héroïquement à Aboukir le 1er Août 1798. Les de Brueys de Saint Chaptes avaient tous abjuré la religion protestante avant 1685, et Denis de Brueys fut l’un des premiers à le faire.


[16] ¨Michelade de Nîmes : Cf : Histoire de l’Eglise de Nîmes, Tome II - chapitre VI, p 110 et suivantes, par M.A. Germain - http://www.nemausensis.com/Nimes/NimMichelade.htm - http://www.museeprotestant.org/notice/le-massacre-de-nimes-michelade-30-septembre-1567/ - http://www.persee.fr/doc/rhef_0300-9505_1980_num_66_176_1651 -

[18]  Cf Registre des baptêmes, mariages et mortuaires de la paroisse de Souvignargues du 9 août 1685. L’abjuration de Claudine est mentionnée dans son acte de mariage en présence de son père Antoine II, de François son Frère et de Jeanne sa sœur.

[19]  Tristan de Bruyes avait acheté au début du XVIème siècle à Pierre Pavée, seigneur de Villevieille, la portion de justice de Saint Chaptes donnée par Philippe le Bel en 1306 à Nogaret que les descendants de ce célèbre juriste avaient cédée aux Pavée. Il faut savoir que les donations royales étaient soumises aux règles fondamentales du royaume et devaient revenir à la Couronne en l’absence d’héritier mâle dans la descendance ce qui fut le cas des descendants de Guillaume de Nogaret, les Louet et les Murat. Contrairement aux familles ci-dessus, les De Brueys de St Chaptes ne prirent pas la précaution de faire confirmer leurs biens par Charles V et Charles VI concernant cette portion de justice en provenance des Nogaret. Louis XIV réclama donc aux De Brueys la restitution des biens donnés par Philippe le bel mais également le fruit de ces biens pendant vingt-neuf ans. Malgré un long procès qui se termina par une transaction, le dernier des De Brueys, déjà bien endetté, dû restituer au roi 29 ans d’usufruit. Ce qui l’obligea à vendre ses domaines à Claude Baguet.  (Souvignargues, petit village du Bas-Languedoc, p.96 – Docteur Jean Lavie, éd. Lacour-colporteur).

La Seigneurie des de ROUZIER

La famille de Rouzier, membres de la noblesse de robe, s’installa dans la nouvelle seigneurie de Souvignargues et Saint Etienne d’Escattes jusqu’à la révolution de 1789 et un peu au-delà et resta propriétaire de quelques terres sur ces mêmes paroisses au cours du XIXème siècle.

Déjà en 1705, Jean de Rouzier, est cité comme seigneur de Souvignargues[20] et Saint-Etienne d’Escattes et le nom de De Rouzier apparaît dans différents documents à la fin de la guerre des Camisards. Comment Jean de Rouzier est-il devenu Seigneur de Souvignargues ? A-t’il acheté des terres aux De Brueys ? Jean de Rouzier sera succédé par son fils Jean Laurent, puis ce dernier par son gendre, le marquis Joseph-Pierre-Antoine de Montglas. Tous les trois étaient à la Cour des Aides, Comptes et Finances de Montpellier. Le marquis de Montglas devint seigneur de Souvignargues et Saint-Etienne d’Escattes grâce à la dot de son épouse, Marie-Charlotte de Rouzier, fille de Jean Laurent. Avec l’achat qu’il fit au comte d’Eu de la seigneurie de Sommières et de la Baronnie de Montredon, il était, à la veille de la Révolution, un des plus grands propriétaires terriens de la région, mais suite à la sortie de Sommières du domaine royal qui entraîna des troubles entre les consuls de Sommières, les officiers municipaux et les magistrats du marquis de Montglas qui échangèrent des quolibets et en vinrent aux mains au cours de la Fête de la Purification dans l’Eglise Saint Pons[21], il finit par revendre à Louis de Joubet la seigneurie de Sommières et de Montredon. Quant à ses biens sur le territoire de Souvignargues et de Saint-Etienne d’Escattes, il les donna à bail à emphytéose[22] en grande partie ou en totalité à un habitant de Saint-Etienne d’Escattes nommé Ducros. Ce Ducros, époux de Louise Gaussen, quitta Saint-Etienne d’Escattes après la mort de sa femme et se fixa à Nîmes.

Durant le XVIIème siècle, sous le règne de Louis XIII, ce fut la guerre de M. de Rohan[23] qui sévit à Montauban et à la Rochelle, mais surtout en Languedoc. Commencée en 1621, elle se termina par la signature du traité de la Paix d’Alais[24] en 1629.

Concernant le XVIIIème siècle, les hostilités furent moins longues mais cette guerre de partisans, dite « Guerre des Camisards »[25], déjà évoquée ci-dessus, se déroula surtout dans les départements du Gard, de l’Hérault, de la Lozère et de l’Ardèche et c’est surtout dans la plaine de la Vaunage, proche de Souvignargues et Saint-Etienne d’Escattes que les combats les plus importants et décisifs eurent lieu. C’est l’assassinat de l’abbé Langlade du Chayla à Pont de Monvert, le 24 juillet 1702, qui déclencha ce nouvel épisode dramatique. Jean Cavalier qui avait donné le nom de "Petite Canaan"[26] ou "l’oasis protestante" à cette région de la Vaunage, réussit à tenir en échec pendant plus de deux ans les armées du roi à Saint Etienne d’Escattes. Aux massacres, dévastations, incendies systématiques de toutes les églises, les armées du roi sous les ordres du Maréchal de Montrevel procédaient à des exécutions sommaires et condamnaient au bûcher ou aux galères les insoumis. Après le départ de Jean Cavalier en 1704 abandonné par ses troupes à qui il avait avoué avoir fait acte de soumission, une lutte sourde et larvée continua en Cévennes et en Vaunage jusqu’en 1720. Un après l’autre, les chefs Camisards furent pris, certains tués au combat, et les autres capturés et exécutés. Une grande partie de la population se réfugia au "Désert" pour pratiquer la religion réformée malgré une répression sévère des rois Louis XIV et Louis XV. Enfin, en 1787, Louis XVI signa l’Edit de Tolérance[27]

Souvignargues et Saint-Etienne d’Escattes n’ont pas été épargnées par cette guerre qui empêchait les travaux des champs et par conséquent les récoltes et qui avait entraîné la destruction de plusieurs bâtiments.


[20] Jean de Rouzier dans L’Etat de la France, T.V, p.405 :Jean de rouzier

[21] Pugilat lors de la Fête de la Purification. Ce pugilat, donna naissance à un poème en langue d’Oc, intitulé « La procession des cops de pougs » édité en fin du texte pour les amateurs de langue d’Oc.

[22] Bail emphythéotique : Un bail emphytéotique (appelée aussi emphytéose) est un bail de longue durée, d'au moins 18 ans et d'au plus 99 ans. Il s'agit d'un droit réel immobilier, qui doit faire l'objet d'une publicité foncière, et qui peut être saisi ou hypothéqué. Le preneur peut également sous-louer les biens pris en location ou louer les immeubles qu'il a construits. A l'issue du bail emphytéotique, les constructions ou améliorations réalisées par le locataire deviennent la propriété du bailleur, en principe sans indemnité, sauf clause contraire. Le bail emphytéotique était à l'origine utilisé dans les activités rurales, mais il l'est aussi aujourd'hui par les collectivités locales ou des investisseurs pour des bâtiments industriels ou commerciaux.

[26]  Petite Canaan = la Terre promise des Hébreux).

FIN DE LA PREMIERE PARTIE

 

Dans notre prochaine chronique, nous nous intéresserons à la vie quotidienne en Bas-Languedoc, notamment à Souvignargues et Saint-Etienne d'Escattes, depuis la Révolution à nos jours.

     A très bientôt

                                                                    Anne Marie en collaboration avec Jean Marc Vidal

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