Sobriquets collectifs (fin)

Itinéraire de Barjac à Clarensac

Les Cévennes ! sont, dit-on, une des plus belles régions de France. C’est un peu la raison qui m’a incitée à garder cet itinéraire pour la fin de ce périple. Mais avant d’entrer dans les Cévennes, j’ai décidé de faire un petit détour en Ardèche pour aller visiter à Saint Sauveur de Cruzières, le prieuré du 14ème siècle, en ruine depuis le 17ème et entièrement reconstruit à l’identique par son propriétaire. Je n’ai hélas trouvé personne qui puisse me renseigner sur le sobriquet donné aux  habitants.

Cevennes meridionales

Les Cévennes Méridonales

 

Carte barjac clarensac 2

Je ne m’attarde pas chez « li Manjacigalas » (les mangeurs de cigales) et passe à Saint-Jean-du-Gard. Les habitants disent assez souvent « lo diable ti brutle » (le diable te brûle). La contraction de cet expression leur a valu le surnom de « ti brutle » et sont, de plus, réputés pour être des « Penjatruèjas ~Escòjatruèjas », ce qui n’a rien de bien flatteurs puisque cela signifie pendeurs ou égorgeurs de truies.

L’Estréchure a ses brûleurs de gelées blanches, « li Brutlabarbasta », tandis qu’à Saumane, vivent « li Pescaluna » (les pêcheurs de Lune) et il faut aller jusqu’à Saint-André de Valborgne pour rencontrer « li Manjacastanhas » (les mangeurs de châtaignes) et « li Plaidejaires » (les plaideurs ou chicaneurs) qu’il vaut mieux éviter de titiller.

La route qui s’ouvre devant moi me laisse perplexe tant elle me paraît sinueuse, mais il serait stupide, arrivée à ce stade, de ne pas l’emprunter pour grimper le Mont Aigoual et aller admirer les expositions permanentes et temporaires qui sont présentées aux randonneurs dans l’enceinte même de l’observatoire qui reste la seule station météo de montagne en service en France. L’imposant bâtiment en forme de château fort vaut le détour à lui tout seul, mais le panorama qui s’offre ensuite à mes yeux est tel que j’en ai le souffle coupé. Il faut dire qu’aujourd’hui il fait un temps superbe. Pas un nuage à l’horizon pour gâcher le spectacle. C’est grandiose ! J’ai soudain le sentiment de n’être plus qu’un point infime dans cet immense univers et c’est toute tremblante que je me résigne à reprendre ma route vers l’Espérou avant d’atteindre Valleraugues où « li Manjamissons » (les mangeurs de saucisses) m’attendent pour partager un bon repas et l’un d’eux m’offre le gîte pour la nuit afin que je prenne un peu de repos.

Très tôt le matin, après avoir vivement remercié mon hôte, je descends vers « li Sorelhats » (les ensoleillés) qui ont hérité de ce surnom grâce à la très bonne exposition du village de Notre-Dame-de-la-Rouvière. Arrivée sur les terres blanches de Saint-André-de-Majencoules, je n’essaie même pas de vérifier si le sobriquet infligé aux hommes de ce village : « li Cocudas » (les hommes cocus) est bien justifié. A Mandagout, je croise « li Saconiers » (les porteurs de sacs.

Le Vigan ! nouvel arrêt où je prends le temps de consulter ma carte et, s’il m’est facile de bavarder avec quelques habitants rencontrés au cours de mes déambulations, je n’ose pas leur demander lequel des trois sobriquets les désignant leur correspond le mieux : « li Tuapaires » (les parricides) – « li Pomejaires » (les voleurs de pommes) et « li Brandolhas » (pris dans le sens de « Agités » ? ou « Fainéants » ?), ayant bien trop peur, moi, l’étrangère, de me faire vertement secouée.

Je file rencontrer « li Manjacarneta » (les mangeurs de chair) de Bréau-et-Salagosse, puis « li Fadats » (les niais) de Mars, passe ensuite chez « li manjacebas » (les mangeurs d’oignons) d’Aumessas, « li Manjacaròtas » d’Arrigas pour arriver enfin chez « li Mangacebas » d’Alzon.

A Blandas, je croise « li Tustaboisses » (ceux qui frappent le buis, sournois, têtus, lourdeauds) tandis qu’à Rogues, ce sont « li Trufetaires » (ramasseurs de truffes) et « li Barbastats » (ceux qui ont des gelées blanches) qui me regardent traverser leur village car je me dirige aussitôt vers « li Mangaensaladas » (les mangeurs de salades) de Montardier.  Je m’oriente ensuite vers « li Manjavoets » (les mangeurs d’oiseaux) et « li Ventras blus » (les ventre bleus », ce dernier sobriquet étant dû certainement à la présence des mines de plomb et de zinc. Les habitants de Roquedur, ont été surnommés « Li Ventras durs » sûrement, une question de rime !

Sumene traversee par le rieutord

Me voici revenue à Sumène où j’ai eu l’occasion de passer quelques jours de vacances dans les années 1970 qui m’ont laissé d’ailleurs d’excellents souvenirs. J’étais loin de m’imaginer à ce moment-là que ses habitants étaient affublés de trois sobriquets : « li Manjagranets » (les mangeurs de haricots), « li Chaca-tot-pur » (les avale tout pur) et « li Palamards » (les lourdauds, malotrus). C’est avec un peu de nostalgie que je sors de Sumène pour me diriger vers « Li assacaboèmis (les assommeurs de bohémiens) de Saint-Roman-de-Codières où je ne m’éternise pas.

 

A Colognac, je croise « li Licaplats ou Lipaplats » (les lécheurs de plats) et je pousse jusqu’à Lasalle avec un peu d’appréhension car l’on m’a indiqué que je risquais de rencontrer « li Bronzidors » (les loups) ou « li Bastonièrs » (les bastonneurs) que je traverse sans encombre pour atteindre Monoblet et « li Braconièrs » (les braconniers » et, plus sympathiques, « li Saconièrs~Saquejaires » (les porteurs de sacs).

St hippolyte du fort 1A Saint-Hippolyte-du-Fort, je lie connaissance avec « li Cigaus » (Cigales) et « li Cigalets » (Petites cigales, écervelés). Dans l’Encyclopédie des Cévennes numéro sept, André Chabrol nous raconte qu’un charlatan vendant toutes sortes de remèdes de sa fabrication s’était installé sur la Place de la Canourgue un jour de foire… Les gens se moquaient de son accoutrement et de toutes les « poutingues » qu’il proposait. Pour se venger de cette population incrédule, il annonça qu’il avait besoin de cigales et qu’il offrait dix sous pour une douzaine de cigales vivantes. C’était en juillet, les chasseurs de cigales étaient nombreux mais, dès qu’ils lui en présentaient un lot, notre vendeur ambulant, regardait les bestioles, leur soufflait au derrière et les laissait s’envoler en s’exclamant « c’est des cigaux ». Les chasseurs comprirent bien vite que le bonhomme se moquait d’eux. Craignant qu’ils ne lui réservent un mauvais sort, notre charlatan s’enfuit très vite et ne revint plus dans cette ville. Depuis, les habitants de Saint-Hippolyte-du-Fort s’appellent des « Cigalois et Cigaloises au lieu de Saint-Hippolytains et Saint-Hippolytaines comme cela aurait dû être.

                                                                                                                                                                                                                                     

J’ignore pour quelle raison les habitants de Pompignan sont appelés « Li Sarradents », surnom qui signifie "ceux qui serrent les dents pour contenir leur colère". Est-ce lié aux guerres de religions ?

J’arrive à Sauve où j’ai le choix entre plusieurs surnoms : « Li Coets » (les gens de petite taille), « Li Sautaroquets » (les sauteurs de rochers : sûrement à cause de « la mer de rochers qui entoure le château de Roquevaire), « li Forquetians » (les fabricants de fourches, Sauve étant réputée pour être la capitale de la fourche) et enfin « li Diamanets » (les petits diamants).

« Li Cabussaus » (les plongeurs) de Quissac. Est-ce en raison de la présence du Vidourle ou du plan d’eau entre la grande écluse et l’éclusette qui pendant longtemps a formé une plage que tous les quissacois fréquentaient. Après avoir laissé derrière moi « li Sautaròcs » (saute rochers) et « lis Escaudats » (les échauffés) de Corconne, je m’en vais voir « li Vironièrs » (les fabricants de tarières -outils pour percer le sol ou du bois) de Brouzet-les-Quissac. Je me promène ensuite dans les garrigues autour de Carnas afin de retrouver les traces des anciennes charbonnières abandonnées depuis par « li Carbonièrs ».

« Li Pescagranolhas » (les pêcheurs de grenouilles) de Gailhan, « li Chòts » (les chouettes » de Sardan et « li Ferracats » (Ferreurs de chats ou marqueurs au fer rouge) de Cannes et Clairans me réservent un accueil sympathique, mais à Saint-Théodorit, « li Gibelins » (dans le sens de louvoyants, pas francs) semblent se méfier de moi, mais c’est sûrement dû au fait que je me sois laissée influencer par la définition peu flatteuse de leur sobriquet !

Continuant mon chemin, ce sont « li Manjagaças » (les mangeurs de pies) de Savignargues et « li Fangassiers » (ceux qui marchent dans la boue) de Canaules que je croise avant de parvenir chez « li Trissaboisses » (les hacheurs de buis) de Durfort. Je m’arrête à Saint-Félix-de-Pailhères et partage un repas avec « li manjaescarpas » (les mangeurs de carpes) et m’en vais passer la nuit chez « li Crèbabachas » (ceux qui marchent dans les flaques) à Anduze.

Après un repos bien mérité me voici en direction de Générargues où « li Tordres » (grives, nigauds) me saluent et, à Saint-Sébastien-d’Aigrefeuilles « lis Aubalestrièrs » (les Balanciers des Forges) m’expliquent qu’un Balancier est un ouvrier qui fait les différents instruments dont on se sert dans le commerce pour peser toutes sortes de marchandises.

Les habitants de Saint-Jean-du-Pin sont surnommés « li Pinets » (petits pins) et je m’arrête à Ales où j’ai le plaisir de déguster la spécialité culinaire de la ville avec « li Manjatripas » (les mangeurs de tripes) avant de filer chez « li Curabachàs » (les cureurs d’auges) de Saint-Hilaire-de-Brethmas.

Vezenobres vue generale

 

A Vézénobres, les habitants sont surnommés « li Fenhants » (les fainéants) ou « li Caçaires » (les chasseurs). Je peux admettre qu’ils soient traités de chasseurs mais, j’ai du mal à comprendre pourquoi « fainéants ». Lorsque l’on voit la situation géographique de Vézénobres dont le château médiéval a été construit en haut d’une colline et le village construit sur le flanc en pente douce de la dite colline, je pense que cela a dû nécessiter beaucoup de travail pour obtenir un si beau résultat.

 

 

« Li Chòts » (les Chouettes) de Massanes me regardent passer tandis que je file chez « li Neblats » (les Rachitiques) de Maruejols-les-Gardons où je ne m’attarde guère car il me tarde d’aller déguster quelques olives à Saint-Benezet parmi « li Becaolivas » (les mangeurs d’olives). 

Lédignan me permet de rencontrer « li Cochanèblas » (les chasseurs de brume) et « li Rambaboisses » (les voleurs de buis) et « li Tracassiers » (les gens inquiets, brouillons). Poursuivant ma route « li canardièrs » (les tireurs, chasseurs) puis « li ases » (les ânes) de Lézan me saluent ainsi qu’à Cardet ou « li Canardièrs » se mêlent avec « li Neblats » (les rachitiques). Je m’arrête un moment à Boucoiran pour regarder « li Pescaires » (les pêcheurs) taquiner les poissons avant de parvenir à Domessargues où je croise « li Petaçats » (les Rapiécés) et « li Balustriers » (les arbaletiers).

Les Mauressargois bénéficient de deux sobriquets : « li Rebilhats » (les raccomodés) et « li Prussians » les Prussiens, dont je n’ai pu me procurer aucune explication valable. Peut-être un lecteur pourra-t’il m’éclairer à ce sujet ?

« Li Cadèls » (les jeunes chiens) et « li Cabòts » (provient du mot Chabots qui sont des poissons de rivière) de Saint-Géniès-de-Malgoires ne semblent pas s’intéresser à mon passage et je poursuis tranquillement ma route jusqu’à La Rouvière dont les habitants ne doivent pas être très satisfaits de leurs sobriquets : « li Grattamaralhas » (les gratteurs de murs, donc adossés aux murs, dont fainéants) d’une part et « li Casaringolas » (les chasseurs de lézards) d’autre part.

A Fons, comme il n’y a aucune source dans ce village, le surnom des Fonsois et des Fonsoises est, c’était inévitable, « li Sens-Aiga » (les sans eau), puis, à Gajan j’aperçois « li Pesasabraias » (les rapiécieurs de pantalons) avant d’atteindre Saint Mamert du Gard dont je n’ai pu apprendre le sobriquet concernant ses habitants.

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C’est une femme pressée que « Li Sautaclapàs » (les sauteurs de pierres) Parignargues ont vu passer dans leur village car j’avais hâte de rentrer à Clarensac qui marque la fin de mon voyage. Ouf, après ce long périple à travers tout le Gard, me voici enfin arrivée dans mon nouveau « chez moi » car depuis quelques années, c’est parmi « li Ganachas », (les sots) dont je vous ai déjà parlé en première partie, que j’ai le privilège de vivre dans le calme de cet agréable village situé au cœur de la Vaunage et qui m'a permis de prendre, au fil des années,  quelques magnifiques photos durant mes longues promenades dans les chemins et garrigues environnantes.

 

Je tiens à remercier Josiane Ubaud qui, grâce à son site www.josiane-ubaud.com/SOBRIQUETS.pdf m'a donné l'idée d'effectuer ces promenades virtuelles à travers tout le Gard me permettant de me familiariser avec tous les noms de villages ainsi que leur situation géographique tout en découvrant les différents soriquets dont furent affublés leurs habitants, soit en raison de leur métier, de leur nourriture, de leur histoire ou tout simplement de leur cadre de vie.

Je vous dis à très bientôt pour un autre sujet ...

Anne Marie

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