Notre dame de boulogne 4 

 Pèlerinage à Clarensac de Notre Dame de Boulogne après la seconde guerre mondiale 

Notre amie Yvette a piqué ma curiosité en me parlant d’un souvenir d’enfance qui remonte après la deuxième guerre mondiale. En raison de son jeune âge, tout est flou dans sa tête. L’a-t-elle vue une ou plusieurs fois ? Lorsqu’elle y pense elle revoit ce pèlerinage sur la place du village, devant sa maison, avec en tête du cortège, une statue de la Vierge dans une barque qu’elle pensait être la « Madone de Parignargues ». Un Clarensacois qui entendait notre conversation, s’est joint à nous et nous a confirmé qu’effectivement, après la guerre, avait eu lieu, une seule fois,  le pèlerinage de Notre Dame de Boulogne qui, après avoir traversé notre village, devait prendre la direction de Saint Gilles.

Qui était cette « Madone de Boulogne », et pourquoi ce pèlerinage ? En fait, l’histoire de cette « Madone »  remonterait dans les années 633 sous le règne de Dagobert. Dans la ville de Boulogne, la Sainte Vierge est apparue à quelques fidèles réunis dans une modeste chapelle les avertissant qu’un vaisseau arrivait dans leur rade avec son image et qu’elle voulait être placée dans le lieu même où ils étaient assemblés pour y recevoir les témoignages de leur culte religieux et faire éclater sur eux les plus merveilleux effets de sa protection. Elle leur indiqua même l’endroit où ils devaient construire un édifice plus propre et plus digne que leur pauvre chapelle.

Allant sur le port, ils découvrirent le vaisseau qui contenait effectivement une image de la Vierge faite de bois en relief, tenant l’enfant Jésus sur son bras gauche. D’où venait ce vaisseau ? Quel peuple avait pu le mettre à la mer ?  Comment était-il arrivé à Boulogne sans voile, sans rame, sans personne pour le guider ? Nul ne le sait. L’histoire prétend que deux autres reliques étaient présentes, l’une de Jésus Christ, l’autre de la Sainte Vierge, ainsi qu’une bible manuscrite, enfermées précieusement dans des reliquaires.

Ramenant l’ensemble vers le lieu que la Vierge leur avait indiqué, les fidèles, dans une singulière dévotion, venaient ainsi de créer le premier pèlerinage.

Il y eut de nombreux miracles. Des enfants malades ou paralysés furent guéris, des marins perdus en mer l’implorèrent et furent sauvés, des femmes stériles purent avoir des enfants, les habitants de Boulogne étaient protégés de la peste. Des rois de France puis d’Angleterre, le Prince de Galles, des Reines, des Flamands, des nobles, des chevaliers partant pour les Croisades, venaient apporter leur dévotion et en reconnaissance offraient des présents très précieux, calices d’or, vases d’or, anneau ducal, effigies d’argent etc…

Rien cependant ne fut épargné à cette Statue. Après la prise de Boulogne par les Anglais, sous le règne d’Henri VIII, elle fut dégradée au point d’en garder des traces d’égratignures ainsi qu’une partie du nez brisé et fut emmenée en Angleterre tandis que la chapelle était détruite. La peste fit alors son apparition et décima 10 000 personnes en 5 semaines parmi la garnison et ne cessait d’attaquer les nouvelles recrues. Les hommes refusèrent alors de venir remplacer les mourants et, devant les dépenses énormes occasionnées par la garde de la place de Boulogne, Henri VIII renonça et s’engagea à rendre à la ville de Boulogne la somme de 2 millions d’écus. Il ne put réaliser sa promesse car la mort l’ayant frappé, c’est son fils Edouard VI qui rendit la ville à Henri II. Ce n’est que sept ans plus tard que la Sainte Image fut ramenée à sa place accompagnée de cantiques et de grande ferveur. Les pèlerinages reprirent et les Grands du Royaume continuèrent à apporter les précieuses offrandes.

Plus tard, ce sont les Huguenots qui après avoir tenté en vain de détruire la Sainte Image, finirent par la jeter dans le puits de Hontvault. Bien que son époux soit calviniste, la demoiselle du lieu réussit à la récupérer et à la dissimuler chez elle où elle resta cachée durant de longues années. Pendant ce temps, les chanoines travaillaient à relever les ruines de la chapelle ce qui leur prit une quarantaine d’années. Toutefois, bien que la Sainte image ne fût plus dans l’église, les pélerinages et les dons ne cessèrent jamais. Boulogne semblait être une ville favorisée par Dieu. Vers la fin de sa vie, notre calviniste s’étant entre temps réconcilié avec la religion, révéla à un religieux que la Sainte Image avait été sauvée par son épouse et il l’a lui remis pour qu’elle soit rendue à son église.

Vint alors la révolution. L’histoire dit que la Sainte Image aurait été brûlée sur un bûcher par des anticléricaux et que seuls deux doigts d’une main purent être sauvés et sertis dans un reliquaire que l’on porte encore de nos jours aux malades et aux mourants. La chapelle et la cathédrale furent vendues puis détruites, mais le culte de Notre Dame fut bientôt repris dans l’ancienne église de l’Annonciation.

Sous le règle de Louis XVIII, en 1814, grâce à la ténacité de l’Abbé Benoît Agathon Hiaffreingue, la première pierre d’une nouvelle Eglise fut posée le 1er Mai 1827 et celle-ci fut  terminée vers la fin de 1829.

J’en arrive à présent à la période de la Deuxième Guerre Mondiale. En 1938, commandée par Monseigneur Leprêtre, une statue, semblable à la Sainte Image, fut créée par un sculpteur libanais, Youssef Hoyek. Elle est réalisée en cèdre du Liban mais la barque est de fabrication locale. Puis, trois autres statues de cette Vierge Nautonière furent également créées. Après le Congrès Marial de Boulogne de 1938, l’une d’elle fut envoyée au Puy en Velay afin d’y préparer le congrès de 1942 qui en fait, n’eut jamais lieu. Cette pérégrination a entraîné un immense mouvement de ferveur populaire dans tous les villages et villes qui accueillirent cette statue, accru certainement par les rigueurs imposées par la guerre. Après son séjour à Lourdes, elle est rejointe par les trois autres statues. Enfin, ces 4 statues seront envoyées en pèlerinage à travers la France par quatre voies différentes : Maritime, Ouest, centre et Est.

En 1948, deux d’entre elles rentrèrent dans Boulogne-sur-Mer après avoir sillonné le Pas de Calais pendant une année. La première, partie de Lourdes, mettra cinq années avant de parvenir à Boulogne. Par contre, les statues ayant suivi les voies maritime et de l’Est, ne parvinrent jamais à rejoindre Boulogne, l’’une étant restée en Martinique et la deuxième sur l’île de Corse.

Notre Dame de Boulogne fut alors appelée « Notre Dame du Grand Retour ». Le fait symbolique que ces quatre statues devaient retourner à Boulogne peut avoir une signification certes, mais les espoirs étaient tels en cette période de  guerre que, dans l’esprit des foules qui suivaient ces pèlerinages qui se déplaçaient de diocèse en diocèse, il y avait aussi un besoin de croire aux retours des prisonniers, des combattants, des réfugiés, enfin au retour de la paix et d’une vie normale.

Quant à savoir si Notre Dame de Boulogne est passée une fois ou deux à Clarensac, à ce stade de mon enquête je ne saurais le préciser et ne veux pas endosser le rôle d’un arbitre entre mes deux interlocuteurs. Toutefois, si je me réfère à « L’essai de reconstitution » de Louis Perouas,  concernant les évêchés visités par Notre Dame de Boulogne, je constate que celui de Nîmes l’a été deux fois, par deux statues différentes, mais cela ne signifie pas qu’elles soient passées toutes les deux à Clarensac.

C’est volontairement que je ne me m'étends pas sur les vicissitudes de cette Sainte Image, ni sur la liste de tous les Hauts Personnages et inventaires de toutes les reconnaissances offertes à Notre Dame de Boulogne. Je laisse au lecteur le soin de se reporter sur les sources que j’ai consultées et que je cite en bas de cet article.

Si quelques anciens de Clarensac ont gardé des souvenirs précis de cette période ou possèdent quelques photos de ce pèlerinage,  je les remercie de bien vouloir se mettre en rapport avec notre atelier, Yvette et moi-même nous serions très heureuses de recueillir leur témoignage.

                                                                                                                 Anne Marie

 Carte essai de reconstitution 

 Reconstitution du passage de la vierge

Mes sources :

 

 

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