L'inquisition et les Sorcières de Clarensac

L’INQUISITION et  LES SORCIERES de CLARENSAC

Est-il vrai qu’il y a eu une sorcière à Clarensac ? Cette question m’ayant été posée, j’ai tout naturellement choisi le thème de l’Hérésie pour cette rubrique.

L’Hérésie, en fait, a existé bien avant le Moyen-âge puisque déjà, dans le Concile d’Agde de l’an 506, une bulle papale permet de se rendre compte que l’Eglise était déjà concernée par ce problème, mais seule l’excommunication constituait la sanction la plus grave qu’elle était amenée à prendre. Pourtant, au fil des siècles, tous les Papes qui se sont succédé, évoquaient dans des bulles qu’ils promulguaient, les problèmes liés à l’Hérésie.

C’est ainsi que sur l’ordre du pape Grégoire IX, Le Tribunal de l’Inquisition fut créé en 1231. Son fonctionnement fut confié aux Franciscains et Dominicains, mais Grégoire IX ne put, comme il l’aurait souhaité, enlever totalement aux laïques le pouvoir doctrinal de juger, puisque il fut contraint, faute d’avoir des effectifs suffisants, de continuer à s’appuyer sur les princes locaux qui ne laissèrent pas passer cette occasion  pour accroître leurs pouvoirs et leurs biens.

Gregoire ix bis

Toute personne qui soutenait, professait ou acceptait quelque chose qui était contraire aux dogmes de l’Eglise était considérait comme hérétique devant l’autorité souveraine du Tribunal que même les monarques et tous puissants de l’Eglise redoutaient. C’est en 1233 que Grégoire IX, sur la demande de son Inquisiteur Conrad de Marbourg alors en service en Allemagne, aurait créé le « Vox in Rama[1], bulle papale dans laquelle il condamnait l’Hérésie exigeant l’utilisation de tous les efforts pour y mettre fin.  Je dis bien « aurait créé » car il semblerait que si de nombreux écrits font référence à cette bulle, aucune copie réelle de ce document n’aurait été trouvée et qu’il s’agirait en fait d’une invention due à l’imagination d’un auteur d’un livre intitulé « La sorcellerie au Moyen Age »

En 1326, la promulgation de la bulle de Jean XXII, « super illius specula[2] » qui énonce pour la première fois que les personnes qui pratiquent la magie et les sortilèges ou celles qui sont susceptibles de s’y livrer peuvent tomber dans le ressort de l’inquisition, annonce un changement d’attitude de l’Eglise, tournant qui laissait entrevoir tous les excès, tortures et supplices du 14ème siècle.  

C’est en 1484, que le pape Innocent VIII apporta confirmation de ces dispoInnocent VIIIsitions en publiant le Summis desirantes affectibus"[3], dont il était l’auteur et dans lequel il qui approuvait la chasse aux sorcières.

C’est de cet effroyable ouvrage qu’en 1486, deux dominicains, grands Inquisiteurs, Heinrich Kramer de Strasbourg et Johan Sprenger de Cologne en tirèrent le « Malleus Maleficum » ou le « Marteau des sorcières » qui devint l’instrument incontournable de l’Inquisition car il s’agissait d’un document révélant toutes les tortures à appliquer aux malheureuses victimes soupçonnées de commercer avec le diable. En fait, cet ouvrage constituait une véritable croisade contre les femmes qui furent persécutées et exécutées non seulement en France, mais en Europe et en Amérique du Nord.

Dès lors, tortures et supplices furent appliquées sans vergogne et c’est ainsi que jusqu’au XVIIIe siècle, le noble était décapité, le voleur de grand chemin roué en place publique, le criminel d’état était écartelé, le faux monnayeur bouilli vif dans un chaudron, le simple voleur bastonné ou flagellé et marqué au fer rouge, et les hérétiques brûlés sur le bûcher.

Entre le XVIe et le XVIIe siècle, les procès en sorcellerie devinrent une véritable épidémie, engendrant un nombre considérable d’hommes et surtout de femmes condamnés au bûcher sur le simple fait d’avoir été accusés d’avoir commis une alliance diabolique, vénéré le diable et pratiqué le sabbat, ou exercé des maléfices.

Les diocèses de Nîmes, d’Alais et d’Uzès, connurent aussi les troubles entraînés par les guerres de religion, d’autant que le XIVe siècle fut terrible en raison des nombreux fléaux qui s’abattirent sur le Languedoc :

  • Mercenaires qui rançonnaient, pillaient les pays traversés durant la guerre de Cent ans et qui se répandaient à travers tout le territoire, terrorisant les paysans au point de les empêcher de cultiver leurs champs causant une grande famine,
  • la peste noire amenée par un navire en provenance de Gênes qui se déclencha à Marseille et s’étendit rapidement dans toute la région décimant durant plusieurs années une grande partie de la population ;
  • enfin, des conditions atmosphériques catastrophiques qui sévirent tout au long de ce siècle ruinant les maigres récoltes et aggravant encore plus la misère et la famine.

Tous ces malheurs qui s’acharnaient sur le pays et, compte tenu de l’état d’ignorance et de grande misère dans lequel se trouvaient les populations ajouté aux divergences de religions, la chasse aux sorcières à qui il était reproché d’être la cause de tous ces maux, eut lieu un peu partout.

 Saint-Côme et Clarensac n’échappèrent pas à cette terreur et subirent les conséquences de cette terrible Inquisition.

 En 1491, une dénommée Frénouze demeurant à Saint-Côme fut accusée de sorcellerie. Au cours de son procès elle dénonça quatre personnes : Marguerite Andrieu (veuve Longuet), Paulette Julien (veuve Allègre), Antoine Jonquier et Mondette Figuier, pour avoir tenu des assemblées appelées « sabbat ». Elle fut d’ailleurs condamnée à périr sur le bûcher.

Dans le livre « Clarensac en Vaunage et ses habitants du néolithique à l’an 2000 », Eliane Dubost-Vedel nous informe "qu'une copie du compte rendu du procès de Paulette fait à Clarensac, réalisée par le seigneur de Massip est conservée au couvent des Franciscaines à Nîmes. Ce témoignage partiel est écrit en occitan du XVe siècle et a été traduit par don Pedro Casado de Viols-le-fort, chercheur en occitan au C.N.R.S. Sur ce document écrit entre le 13 novembre et le 3 décembre 1497, il n’apparaît en fait que les témoins à charge qui étaient les seuls témoins acceptés dans ce genre de procès.

C’est donc seulement après le procès Frénouze en 1491, que l’inquisiteur de la foi annonça sa venue à Clarensac. Prenant peur, Firmin, le frère de Paulette réussit à s’enfuir. Lors de la messe du dimanche, l’inquisiteur tenta de persuader les fidèles de dénoncer ceux qui ne se s’étaient pas bien conduits vis-à-vis de l’Eglise, mais il lui fallut plus de cinq ans pour parvenir à recueillir les témoignages dont il avait besoin pour inculper les quatre accusés.

Des réunions secrètes étaient organisées par ces personnages qui se réunissaient dans des lieux un peu reculés, tel l’Oppidum de Nage, ou le puech Saint André (chemin du haut qui va de St Côme à Nîmes), auxquels se joignaient régulièrement d’autres habitants venus de villages vaunageols et parfois de plus loin, Vauvert, Sauve, Quissac, etc. Dans quel but ? Le procès laisse supposer que ces réunions servaient à organiser un groupe d’opposition à l’Eglise. Etait-ce réellement cela, ou ne s’agissait-il pas, tout simplement, de rencontres de quelques veuves, venues passer un moment en bonne compagnie ? A ce moment là, Paulette et Marguerite, âgées respectivement de 40 et 50 ans, sont veuves toutes les deux. Certes, les hommes se présentaient sous des prénoms diaboliques mais n’était-ce pas voulu pour pimenter un peu ces soirées de débauche et de libation ?

Le Procès :

Fin octobre 1497, Les quatre inculpés agenouillés sur la place de Calvisson avec des images de diables dans le dos, furent proclamés hérétiques et sorciers devant deux mille personnes. Ils se repentirent et reçurent donc le pardon de Dieu et, en conséquence, l’inquisiteur ne prononça pas la sentence capitale mais les remis aux Seigneurs hauts justiciers de Calvisson et de Clarensac.

Le procès civil fut mené par les bayles des Seigneurs de Calvisson et de Clarensac, au cours duquel les inculpés furent accusés d’avoir, par des « artifices diaboliques » tué des femmes et des enfants, rendu des femmes stériles, paralysé des hommes, fait périr les trois-quarts des oliviers du pays et des villages alentours, ainsi que nombre d’animaux de diverses tailles,

Seuls des témoins à charge, comme d’ailleurs dans tout procès de sorcellerie, furent entendus tout au long de ce procès. Aucun avocat ne fut commis pas plus qu’il n’y eut de Jury. La Cour était donc juge et partie.

Tous les témoignages de ce procès vont être un mélange de vrais et de faux arguments au détriment des accusés car Il faut savoir que tout procès en sorcellerie, n’était pas fait dans le but de démontrer la culpabilité des accusés, mais de les faire avouer ce qui ne manquaient pas d’arriver suite aux mauvais traitements qu’ils subissaient : emprisonnement, menaces, tortures. On leur répétait inlassablement d’avouer, de dire la vérité sous peine d’être brûlés. Aussi, espérant se sauver, très souvent, ils finissaient par avouer tous les crimes dont ils étaient accusées, ce qui, en fin de compter, ne servait à rien puisque le fait d’avouer les rendait coupables d’Hérésie et les condamnait de toute façon au bûcher. Toutefois, dans le cas d’un accusé qui faisait preuve de repenti durant son procès, il n’était pas brûlé vif, mais étranglé sur pilori avant que son corps ne soit brûlé sur le bûcher pour que son âme puisse se détacher de son corps, lui laissant ainsi la possibilité de gagner le Paradis.

 Les accusations :

Nos deux veuves eurent donc des rapports charnels avec deux diables. Paulette avec Barbenson et Marguerite avec Razim.

Lors d’un « sabbat » sur le Puech Saint André, le diable alluma un grand feu dans lequel ils jetèrent des herbes, des ossements, divers détritus qui se transformèrent en poudres qu’ils mirent en sachets et les gardèrent à l’abri jusqu’au moment de lâcher le bétail dans les champs. Paulette et Margueritte répandirent alors ces poudres qui, se dispersant partout dans l’air, tuèrent beaucoup d’animaux.

Marguerite avait un jour, jeté un sort à un clerc qui refusait de lui donner de la viande qu’il allait jeter. Celui-ci se trouva ainsi entièrement paralysé, ne pouvant ni se lever, ni marcher. Le prêtre, supérieur du clerc, menaça Marguerite avec un couteau et ce n’est que sous cette contrainte qu’elle consentit à guérir le clerc qui, venant d’arriver (comment ?) en lui tendant une houe et en lui demandant de travailler la terre. Il est à noter cependant que ce Clerc ne fut pas appelé à témoigner le jour du procès. Seul un sergent, qui n’avait pas du tout assisté à la scène raconta les faits au Tribunal. De nos jours, nous penserions plutôt que Marguerite avait simplement fait une manipulation physique, un peu comme nos kinésithérapeutes ou nos ostéopathes, mais les gens de l’époque, plutôt simpliste de raisonnement, pensèrent tout naturellement que si elle avait guéri le Clerc c’est qu’elle l’avait rendu malade.

Dans l’esprit de l’Eglise, un sorcier est quelqu’un qui a fait allégeance au diable selon l’Eglise ; pour le peuple, un sorcier est quelqu’un qui conjure et guérit les maladies bien qu’il ne soit point savant tel un rebouteux ou tous ceux qui soignent par les plantes. Les médecins étant peu nombreux et coûtant très cher, il était donc plus fréquent de faire appel à un « sorcier » qu’à un médecin, mais lorsque le malade décédait, « le sorcier » était toujours coupable de « maléfices ». Paulette et Jonquier faisaient partie de ces « sorciers », réputés tous deux pour soigner les petites maladies courantes, coliques, oreillons, maux de reins, etc. Paulette était ainsi souvent appelée pour soigner les enfants d’Antoine Auquier mais, lorsque la femme de ce dernier mourut après une longue maladie, il accusa Paulette de l’avoir tuer par empoisonnement.

Bien d’autres accusations furent portées durant le procès, toutes aussi bizarres les unes que les autres 

  • Une banale histoire de poule mangée par ses voisins que Paulette aurait menacé de leur faire payer et qui constatèrent ensuite le décès de leurs neveux,
  • Des chèvres d’un voisin qui moururent une à une après que Paulette les ait surprises en train de dévorer feuilles et grappes de sa vigne et ait proféré de les faire payer.
  • La naissance d’un enfant difforme qui  « de la taille vers le bas ressemblait à un lézard » suite à une dispute qui déboucha sur un procès avec le fils de Paulette
  • Un couple vivant en indivision avec Paulette vers 1460 et qui avait perdu six enfants en bas âge accusa Paulette d’avoir tué leurs enfants pour qu’il n’ait point d’héritier afin que tous les biens reviennent en entier aux Allègre. Ce n’est qu’après avoir déménagé, que ce couple pu enfin élever plusieurs autres enfants.

 

Croyant se sauver, Marguerite avoua tous les crimes qui lui étaient reprochés et elle accusa Paulette en racontant qu’un jour, alerté par les cris de sa voisine criant que son fils était mort un rassemblement se fit autour de l’enfant qui présentait quelques gouttes de sang sortant du nez et de la bouche, ce qui, de nos jours, pourrait être comparé à une "mort subite" du nouveau-né. La présence de Paulette et de Marguerite sur les lieux n’avait pas été remarquée mais, Marguerite affirma qu’en l’absence de la mère, Paulette avait pris l’enfant, lui avait crevé le cœur et enfoncé son pouce dans sa fontanelle pour en faire jaillir la cervelle.

Marguerite ne fut pas seule à porter des accusations contre Paulette. Jonquier, en effet,  n’hésita pas à raconter lors du procès qu’elle lui avait dit un jour, alors qu’ils croisaient le vieux Vedel de Parignargues et qu’elle priait pour qu’il se rompe le cou avant d’avoir grimpé la côte,  que c’était elle qui avait paralysé le vieux Vedel de Parignargues et qu’elle souhaitait le voir mort. Ensuite, pour punir Jonquier d’être allé tout dire au vieux Vedel, elle l’aurait empoisonné et n’aurait accepté de le guérir que s’il faisait allégeance au diable. C’est Paulette en effet qui avait présenté Jonquier au diable Belzébuth apparu suite à une invocation de Firmin. Contraint de s’agenouiller devant lui, Jonquier avait dû renoncer à son baptême et à sa confirmation.

Contrairement à Marguerite, Paulette nie tout. Elle nie avoir empêché des femmes d’avoir des enfants et d’avoir jeté des sortilèges sur les récoltes, les oliviers, les animaux. Elle nie que son père, sa mère et ses frères aient été des sorciers, mais, pour son malheur, elle reconnaît avoir pris le diable pour maître, ignorant que par cet aveu, elle se condamne elle-même au bûcher qui est le seul moyen de purifier son corps souillé par le diable. Tous les jours de son procès, Paulette est confrontée aux mêmes accusations. Elle pense alors qu’elle perd la mémoire, elle doute et déclare « Je l’ai peut-être fait, je ne m’en souviens plus. »

Les accusés furent extradés du château de Calvisson et enfermés dans les prisons du château neuf de Clarensac le 13 novembre 1497. Il y a vingt et un témoins à charge contre Paulette, dont Marguerite et Jonquier, le procureur fiscal du lieu, Noble Ricard les ayant choisis. Le bayle Coste pose les questions, trois notaires prennent des notes qu’ils transmettront au juge. Ce dernier n’assiste pas au procès et prononcera la sentence. Les Seigneurs eux, ont demandé la peine de mort, le notaire ayant écrit que Paulette et Marguerite avaient tué le bébé du seigneur de Langlade et empêché la femme Coste d’avoir des enfants.

Les fils de Paulette, absents durant le procès, engagèrent un avocat licencié en droit, messire Malesagne qui, le 27 novembre se présenta devant le château avec Jean Bligier et Bastien Manse comme témoins. Ils demandaient que Paulette puisse avoir un avocat qui ait connaissance des chefs d’accusation, du document de l’inquisition et des noms des témoins à charge. Par ailleurs, Malesagne affirma qu’Etienne de Mineur, le notaire qui écrivait le compte rendu des interrogatoires était le principal ennemi des frères Allègre et de leur mère et que le juge Victor était suspect. Le lendemain, l’avocat commis d’office fut l’avocat de l’inquisiteur, Guillaume Crouset de Caveirac. Par deux fois, Marguerite et Paulette refusèrent son concours et s’en remirent à la miséricorde du seigneur de Clarensac et de sa justice.

La sentence

 « Nous déclarons que tu as été et que tu es une empoisonneuse, une sorcière, une meurtrière avec préméditation… Nous ordonnons … que ton corps soit brûlé dans les flammes ardentes et réduit en cendres.

Sentence de mort proclamée par Etienne Victor, juge pour les seigneurs de Clarensac, à l’encontre de Marguerite Andrieu et Paulette Julien, le 1er décembre à 9 heures du matin devant toute la population réunie sur la place, face au Portail Supérieur et auprès du puits.

La sentence était exécutable immédiatement, mais, les deux fils de Paulette apparurent devant le bûcher accompagnés d’un sergent de la cour du sénéchal de Nîmes qui assigna le baile Coste, le procureur Ricard, les seigneurs et autres représentants de la loi de Clarensac à comparaître le mardi 5 décembre devant la cour présidiales de Nîmes pour s’expliquer sur les irrégularités du procès de Paulette. Il ordonna cependant que Marguerite soit immédiatement exécutée. Paulette fût-elle brûlée ce jour là ?... Le document traduit par don Pedro Casado ne le précise pas.

Ce procès qui se déroula en 1497 à Clarensac et dont Eliane Dubost-Vedel nous en donne le détail dans son livre, n’en fût qu’un parmi des milliers qui eurent lieu en France, avec, presque tous, la même issue pour les accusés car avouant leurs crimes ou les niant, elles étaient toujours condamnées pour Hérésie et finissaient sur le bûcher.

On peut toutefois s’étonner qu’il y en ait eu autant et que beaucoup plus de « sorcières » que de « sorciers » furent condamnées. Il est vrai que les hommes sont indispensables pour les travaux aux champs et surtout pour alimenter les différents corps d’armée. De plus le fait de voir brûler des femmes marquait-il peut-être davantage les esprits et permettait ainsi à l’Eglise de mieux imposer ses dictats grâce au climat de terreur dans lequel elle maintenait la population ? Est-ce pour cette raison que dans de tels procès, il n’y avait que des témoins à charges.

Comment ne pas se demander pourquoi les Seigneurs, qui eux, ne dépendaientt pas de l’Eglise, contrairement à l’Inquisiteur de la foi, laissaient faire de tels procès. N’avaient-ils pas trouvé là un moyen d’accroître leurs richesses en saisissant les biens des « hérétiques » et il ne faut pas s’étonner de compter parmi les principaux accusateurs les gens les plus aisés du village car les temps sont durs pour tout le monde et les convoitises et jalousies s’en trouvent exacerbées. On peut le voir, ici, dans ce procès car Marguerite et Paulette, sont veuves toutes les deux et de par leur veuvage, elles bénéficient de liberté et possèdent quelques biens d’où certainement tous ces témoignages de leurs voisins et amis qui n’avaient rien eu à leur reprocher avant l’arrivée de l’inquisiteur.

Pourquoi la plupart des accusées de tels procès avouaient-elles les crimes qui leur étaient reprochés ? On est en droit de supposer que ces femmes devaient subir toutes sortes d’humiliations, de tortures morales et physiques lors de leurs interrogatoires qui finissaient par briser leur résistance et les faisaient avouer n’importe quoi pourvu que tout cela cesse, en espérant encore pouvoir sauver leur vie. Et puis, au fond d’elles-mêmes, peut-être se considéraient-elles en partie coupables vis-à-vis de leurs maris décédés ou de leurs enfants pour n’avoir pas su résister au démon de la chair ?

 La question appliquee aux femmes

 Cette chasse aux sorcières a heureusement pris fin, en France dans le début du 15ème siècle, mais, le dernier inquisiteur ne décéda qu’en 1703. Par contre, dès 1479 l’Inquisition s’installe en Espagne pour cesser provisoirement en 1808 et réapparaître en 1814. Enfin, après trois siècles d’intenses activités elle cessa définitivement vers 1834.

Cependant, en France, vers la fin du 15ème siècle, l’Eglise se trouve alors confrontée à un autre combat. En effet, dès 1517, Martin Luther, moine allemand, soutenu par beaucoup de princes allemands, dénonce les abus de l’Eglise qui est très riche et puissante et dont les représentants s’occupent plus de politique que de religion. Il en sera d’ailleurs excommunié en 1521, mais ses idées seront également reprises en France par Calvin qui veut réorganiser et restructurer l’Eglise. Les adeptes de cette réforme sont désormais appelés « les protestants ». Mais là, c’est une autre histoire qui fera sûrement l’objet d’une prochaine chronique.

                                                                              Anne Marie

 

Les éléments concernant le procès des sorcières de Clarensac, ont été tirés des deux livres suivants :

  • « Clarensac en Vaunage et ses habitants du néolithique à l’an 2000 par Eliane Dubost-Vedel – collection Monographies vaunageoles N° 3 sous la direction de Jean-Marc Roger de l’Académie de Nîmes. » 
  • « La petite histoire de Clarensac de l’époque romaine à nos jours » par M. René Agussol, instituteur Les presses de l’imprimerie de la Charité, Mars 1994 »

 

Les sites consultés :

Facteurs de sensibilisation à la sorcellerie : http://badonpierre.free.fr/salmpierre/tome4r.html

Analyse des Conciles Généraux et particuliers … de Charles Richard  : http://books.google.fr/books?id=hf9YAAAAcAAJ&pg=PA440&dq=concile+d'agde+en+506&h

L’Inquisition : http://vexin-arronville.pagesperso-orange.fr/SORCELLERIE_19.htm

 De l’origine des inquisitions  de Marsolier Jacques : http://books.google.fr/books?id=PVRAAAAAcAAJ&printsec=frontcover&hl=fr&source=gbs_ge_summary_r&cad=0#v=onepage&q&f=false

Le Site de Béatrice et Gilles BATAILLE-WINTERHALTER : TORTURES ET SUPPLICES : www.beaetgilles.com/doss/DOSTTortures et supplices.htm

La diabolisation de la Femme “On brûle une sorcière” d’Alain Piot : http://books.google.fr/books?id=QCBw9myFLAcC&pg=PA101&lpg=PA101&dq=bulle+super+illius+specula&source=bl&ots=Bj8bU5R6Yt&sig=kciGscGL2KwyHdw7pfvgIR4wP5c&hl=fr&sa=X&ei=vYOVP7QDcPnaM7qgsAI&ved=0CHAQ6AEwDQ#v=onepage&q=bulle%20super%20illius%20specula&f=false

http://planetejeanjaures.free.fr/histoire/renaissance/Reforme.htm

 



[1] Vox in Rama ( latin : Une voix dans Rama) est une bulle papale prétendument établi par le pape Grégoire IX soit 1232, 1233 ou 1234 condamnant une hérésie allemand connu sous le nom de Lucifer, une forme de culte du diable . Le taureau a été délivré à Henri , fils de l'empereur Frédéric II , en Juin 1233, puis à l'archevêque Siegfried III de Mayence exigeant l'utilisation de tous les efforts pour mettre fin à la pratique.

[2] Super Illius Specula : dans cette bulle, la sorcellerie est assimilée à l’Hérésie, donc condamnable.

[3] Summis desirantes affectibus", Voir sur le site ci-après les chapitres 1 à 6 en version latin et dont seuls les chapitres 1 à 5 sont traduits en français http://agoraclass.fltr.ucl.ac.be/concordances/innocent_VIII_sum_des/lecture/6.htm  [3],

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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